Un haut dirigeant des Frères musulmans a été mis mercredi à la tête la commission chargée de rédiger la future Constitution de l'Egypte, aggravant la confrontation avec les partis laïques, inquiets de voir les islamistes dominer la rédaction de la loi fondamentale.
Les membres de la commission constituante, en grande majorité islamistes, ont élu pour les diriger le président de l'Assemblée du peuple (chambre des députés), Saad Katatni, issu du parti de la justice et de la liberté (PLJ), la façade politique de la confrérie.
Rédiger la Constitution nécessite de la "sagesse et une responsabilité politique, loin des gains partisans", a déclaré M. Katatni devant la commission, lors d'une session retransmise en direct par la télévision.
Mais le choix de cette personnalité islamiste de poids constitue de fait un chiffon rouge pour les partis et milieux laïques, qui dénoncent déjà depuis plusieurs jours l'emprise des Frères musulmans et des fondamentalistes salafistes sur cette commission.
Cette crise survient à un moment critique de la transition égyptienne, avec dans deux mois une élection présidentielle, la première depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et la prise du pouvoir par un conseil militaire.
Les 100 membres de la commission constituante -50 parlementaires et 50 non-parlementaires- ont été choisis dimanche par les députés et sénateurs du Parlement récemment élu, fortement dominé par les islamistes.
Une vingtaine de personnalités laïques choisies ont déjà annoncé qu'elles refusaient de siéger dans une instance dont la majorité des membres sont issus des divers courants islamistes.
Les islamistes estiment que cette commission doit refléter la composition d'un Parlement élu au suffrage universel, où les Frères musulmans ont près de la moitié des sièges et les salafistes près de 20%.
Les laïques réclament en revanche une commission plus équilibrée, redoutant que la mainmise des islamistes n'aboutisse notamment au renforcement de la référence à la charia (loi islamique) dans la législation.
La controverse politique se double d'une bataille légale, qui fait peser une menace sur la pérennité même de la commission constituante et de ses travaux.
Dès mardi, la haute cour administrative du Caire s'est saisie de recours visant à la faire invalider.La cour doit se prononcer le 10 avril.
La Cour suprême constitutionnelle a quant à elle retiré son représentant au sein de cette commission constituante, en invoquant les "doutes et la confusion" sur sa formation.
La commission constituante a en principe six mois maximum pour rédiger une loi fondamentale, qui doit être soumise à référendum.
Ce processus semble désormais avoir peu de chance d'être bouclé avant l'élection présidentielle, dont le premier tour est prévu les 23 et 24 mai, ce qui fait craindre que les électeurs aient à choisir un président sans connaître l'étendue de ses pouvoirs.
La Constitution en vigueur du temps de Hosni Moubarak a été abrogée à sa chute.
L'armée égyptienne a promis le retour complet à un pouvoir civil une fois que le futur président aura été élu.
L'armée a par ailleurs annoncé mercredi la restitution de ses droits politiques à Ayman Nour, adversaire du président Moubarak à la présidentielle de 2005 où il remporta 7,6% des voix.
Emprisonné par la suite jusqu'en 2009 pour des accusations de fraude qu'il a toujours démenties, il était jusqu'à présent encore interdit de déposer sa candidature, ce qu'il peut désormais faire.
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