L'escalade des violences entre le Soudan et le Sudan du Sud depuis fin mars a fait des milliers de déplacés, selon l'ONU, dans la zone pétrolière de Heglig dont Juba a affirmé dimanche s'être retirée.
Selon l'ONU, qui cite la commission soudanaise des affaires humanitaires (HAC), les combats ont entraîné la fuite de toute la population civile de Heglig et des villages voisins.Elle cite des chiffres de la HAC selon lesquels 5.000 personnes ont fui Heglig, principalement vers les localités de Kharasana et Keilak, une centaine de kilomètre plus au nord.
Selon des informations du Croissant-Rouge soudanais également relayées par les Nations unies, les déplacés seraient "éparpillés dans la brousse" ou "sans abri".
"La SPLA (l'armée sud-soudanaise) a achevé son retrait de Heglig hier (samedi)," a affirmé son porte-parole, Philip Aguer, à l'AFP.
Juba avait annoncé dès vendredi l'évacuation de Heglig par ses troupes, indiquant que l'opération, décidée selon elle en réponse aux demandes incessantes de la communauté internationale, prendrait trois jours.
Depuis, le Soudan du Sud et le Soudan se livrent une guerre de communication: si Juba dit avoir ordonné un retrait progressif et volontaire, Khartoum assurait dès vendredi après-midi avoir en fait "libéré" la zone.
Dimanche, le porte-parole de l'armée sud-soudanaise dénonçait encore la version soudanaise, affirmant même que l'aviation de Khartoum avait continué de "bombarder" la région vendredi soir et samedi matin.
Il a aussi accusé les Soudanais d'avoir, au sol, attaqué des positions SPLA à Teshwin dimanche après-midi.Ce village, dans la zone frontalière, se situe à l'est de Heglig.Il avait déjà été bombardé par l'aviation soudanaise la semaine dernière, quand les violences Nord-Sud se sont soudain accélérées.
Heglig est depuis fin mars au coeur d'affrontements Nord-Sud sans précédent depuis que le Soudan du Sud est devenu indépendant du Soudan en juillet 2011.
Fin mars, les troupes sud-soudanaises avaient déjà brièvement pris Heglig aux Soudanais.Les violences se sont intensifiées à partir du 10 avril, quand les hommes de Juba ont occupé plus durablement le champ pétrolier qui s'y trouve.
Par ailleurs, à Khartoum, dans un climat d'exaltation nationaliste, une foule de musulmans a détruit samedi un centre religieux protestant, a déclaré son pasteur dimanche.
Face à l'escalade des violences, la communauté internationale, qui craint une nouvelle guerre ouverte, a multiplié les appels à la retenue.
Vendredi soir, le président américain Barack Obama demandait aux présidents soudanais, Omar el-Béchir, et sud-soudanais, Salva Kiir, d'avoir le courage de revenir sur le chemin des négociations.
Jeudi, la Chine, alliée de longue date de Khartoum mais qui s'approvisionne aussi en pétrole auprès du Sud, avait appelé les deux parties à "reprendre le dialogue dès que possible".
Le président Salva Kiir doit effectuer une visite officielle en Chine à partir de lundi.
Dimanche, l'UA a de nouveau appelé les parties à cesser totalement les hostilités, pour prendre leurs responsabilités "vis-à-vis de la région, le reste de l'Afrique et la communauté internationale plus large".
Située à une soixantaine de km au nord de la capitale de l'Etat sud-soudanais d'Unité, Bentiu, mais ancrée, affirme Khartoum, dans l'Etat soudanais du Kordofan-Sud, Heglig fait partie des zones frontalières revendiquées à la fois par le Nord et le Sud.
Malgré cette dispute territoriale, avant les récents affrontements, Khartoum tirait de la zone la majorité de sa production de pétrole.Heglig est donc ultra-stratégique pour le Nord qui, à la partition du Soudan, a vu les trois quarts des réserves de brut du pays passer aux mains du Sud.
Outre le tracé frontalier et le partage des ressources pétrolières, des accusations réciproques de soutien à des groupes rebelles empoisonnent les relations Juba-Khartoum.
Sous l'égide de l'UA, des pourparlers ont été engagés pour tenter d'apaiser les tensions.Mais les récents affrontements les ont mis à mal, le Parlement soudanais, notamment, décrétant leur suspension.
Avant des accords de paix signés en 2005, le Nord et le Sud se sont livré des décennies de guerre civile.La dernière vague du conflit, de 1983 à 2005, a fait quelque deux millions de morts.
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