Un tribunal sud-africain a ordonné mardi l'ouverture d'une enquête sur des accusations de torture au Zimbabwe il y a cinq ans, un défi à la politique de bon voisinage de Pretoria à l'égard de son voisin.
Arguant des obligations de l'Afrique du Sud vis-à-vis de la Cour pénale internationale (CPI), le Centre des litiges d'Afrique australe (SALC) et le Forum des exilés du Zimbabwe (ZEL) avaient porté l'affaire devant un tribunal de Pretoria et demandé que 17 Zimbabwéens accusés de torture soient arrêtés et poursuivis s'ils pénètrent en Afrique du sud.
Le Parquet sud-africain avait jusqu'à présent refusé d'enquêter sur les accusation de torture, citant notamment des préoccupations politiques.
L'Afrique du Sud est le principal médiateur régional dans la crise au Zimbabwe, au bord de la guerre civile depuis le début des années 2000.
"A mon sens, il est clair que quand une enquête est demandée en vertu de la Loi (sud-africaine) sur la CPI, et qu'une base raisonnable existe pour faire une enquête, des considérations politiques ou des initiatives diplomatiques ne sont pas pertinentes", a déclaré le juge Hans Fabricius.
Son jugement force les autorités sud-africaines à enquêter sur des crimes majeurs commis non seulement au Zimbabwe voisin, mais aussi partout ailleurs dans le monde.
La diplomatie sud-africaine maintient contre vents et marées une politique de bon voisinage avec Harare malgré la crise politique ouverte par les violences du camp du président Robert Mugabe, une ligne critiquée par l'Occident.
Le Parquet n'a pas encore décidé s'il ferait appel.Il "va étudier le jugement, le regarder de près, et décidera quelle mesure il convient de prendre", a réagi son porte-parole Mthunzi Mhaga.
L'affaire concerne des responsables zimbabwéens accusés d'avoir torturé des dizaines de militants de l'opposition après un raid au siège du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), principale formation opposée au régime du président Mugabe, en 2007.
Le SALC fait valoir que la torture a été à la fois généralisée et systématique, ce qui en fait un crime contre l'humanité.
Le jugement "crée un précédent", a estimé sa directrice Nicole Fritz, et "il y a plus de chance que les auteurs de génocide ou de crimes contre l'humanité soient poursuivis s'ils pénètrent en Afrique du Sud".
Robert Mugabe et des dizaines de ses proches sont frappés par des sanctions et ne peuvent voyager en Europe ou aux Etats-Unis, mais ils peuvent se rendre librement en Afrique du Sud.
"C'est vraiment un jugement révolutionnaire.Cela envoie le message que l'Afrique du Sud ne sera plus un refuge sûr" pour les tortionnaires, a souligné Alan Wallis, un avocat à la CPI.
"Si vous regardez les tendances internationales et combien de personnes ont été arrêtées, par exemple, après le génocide au Rwanda, ce jugement va faire frissonner tout le Zimbabwe", a prédit le président du Forum des exilés du Zimbabwe, Gabriel Shumba, lui-même victime de tortures.
Les autorités zimbabwéennes n'ont pas immédiatement réagi au jugement.
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