Les élections législatives en Algérie ont été remportées par l'alliance présidentielle, les islamistes subissant un important revers, une première depuis le début du Printemps arabe, selon des résultats officiels dénoncés par les islamistes qui accusent le pouvoir de manipulation.
Ces sept derniers mois, les partis islamistes ont accédé au pouvoir par la voie des urnes après avoir remporté les élections en Tunisie, pays ayant initié en janvier 2011 le Printemps arabe, puis au Maroc et en Egypte.
Mais en Algérie, le Front de Libération Nationale (FLN, parti présidentiel) a gagné le scrutin avec 220 sièges, tandis que son allié le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia a décroché la seconde place avec 68 sièges.
Ces deux partis, membres d'une Alliance présidentielle depuis 2004, remportent donc la majorité absolue de la nouvelle assemblée de 462 sièges, selon des résultats officiels encore provisoires, alors qu'ils avaient dû pour cela s'allier dans l'assemblée sortante aux islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP).
Ce dernier avait quitté ce groupement en janvier pour former l'Alliance de l'Algérie Verte (AVV) avec deux autres formations islamistes Al-Islah (Réforme) et Ennhada (Renaissance), ne remportant que 48 sièges lors du scrutin de jeudi.
L'ensemble de six des sept formations islamistes en lice, dont l'AVV, totalisent 59 sièges, au lieu de 66 comme initialement annoncé.
L'AVV a dénoncé dans un communiqué parvenu à l'AFP, avant l'annonce des résultats par le ministre de l'Intérieur Daho Ould Kablia, "une grande manipulation" du scrutin et une "exagération illogique" des chiffres rendus publics "en faveur des partis de l'administration".
Cette "pratique" risque d'"expose(r) le peuple à des dangers dont nous n'assumons pas la responsabilité", ont ajouté trois des partis réunis au sein d'une alliance islamiste.
La France, ex-puissance coloniale, a estimé pour sa part que les législatives s'étaient "globalement déroulées dans le calme et sans incident majeur", sans toutefois commenter les accusations de "manipulation" lancées par les islamistes.
Pour le ministre algérien de l'Intérieur, "le peuple en 1991 a voté une sanction contre le FLN.En 2012, c'est un vote refuge en faveur du FLN".
Il faisait allusion à la victoire promise au Front Islamique du Salut (FIS) aux élections de 1991 si elles n'avaient pas été interrompues par les militaires.
Le pays a ensuite basculé dans une guerre civile qui a fait près de 200.000 morts.L'Algérie a d'ailleurs toujours affirmé avec le Printemps arabe qu'elle était déjà passée par là depuis l'instauration du multipartisme en 1989.
Poursuivre les réformes avec les partis nationalistes
Le scrutin de jeudi est intervenu dans la foulée des réformes du président Abdelaziz Bouteflika pour éviter un Printemps arabe dans son pays.L'Algérie avait connu en janvier 2011 un pic des émeutes, ayant fait cinq morts et plus de 800 blessés puis des manifestations sociales.
Le régime algérien au pouvoir depuis l'indépendance en 1962 a donc choisi de répondre par des augmentations salariales à plusieurs catégories sociales, ce qui lui a coûté plus de 3 milliards d'euros, et d'initier plusieurs ouvertures politiques sur le statut des femmes, de la presse, notamment audiovisuelle qui doit être ouverte au privé, et politiques en fixant de nouvelles règles électorales et en autorisant 21 nouvelles formations qui ont participé au scrutin.
Le Front des Forces Socialistes (FFS) du leader historique Hocine Aït Ahmed a remporté 21 sièges, surtout en Kabylie, talonné par le Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche) avec 20 sièges.
Le FFS avait pourtant boycotté la vie électorale pendant plus de dix ans tandis que son rival en Kabylie, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a, lui, boycotté le scrutin.
C'est d'ailleurs le FFS qui s'est taillé la part du lion dans la région contestataire de l'est.Mais avec le taux le plus faible de participation, moins de 20%.
C'est avec cette nouvelle assemblée dominée par des partis nationalistes que le président Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et jusqu'en 2014, va poursuivre ses réformes, portant notamment sur une révision de la constitution.
Dans les pays du Printemps arabe, les islamistes l'ont emporté avec plus de 41% des sièges de l'Assemblée consultative en Tunisie, en octobre, puis au Maroc, où le Premier ministre Abdelilah Benikrane est un islamiste, et en Egypte où ils ont raflé plus du deux-tiers des sièges le 21 janvier.
Le taux de participation au scrutin de jeudi en Algérie a été revu légèrement à la baisse à 42,36% des 21 millions d'électeurs, contre 42,9% annoncés jeudi soir.Ce taux avait atteint 35,67% en 2007.
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