Sur des collines d'Ouganda, des soldats somaliens formés au combat urbain

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BIHANGA (AFP) - (AFP)

Une patrouille de soldats somaliens termine une tournée dans un paisible village.Des hommes discutent à la terrasse d'un café, lisent leur journal, un autre répare un vélo.Quand soudain des rebelles surgissent, armés de fusils d'assaut.

Pris en embuscade, les soldats évacuent leurs blessés et se placent en position de tir en attendant des renforts qui vont "nettoyer" le village.

On est dans le camp de formation militaire ougandais de Bihanga, à quelque 350 km au sud-ouest de Kampala, sur de verdoyantes collines, bien loin de Mogadiscio et de son paysage de bord de mer, ses rues sablonneuses, ses bâtiments en ruine, témoins de plus de 20 ans de guerre civile.

Des recrues somaliennes terminent, dans un paysage urbain reconstitué, la démonstration des techniques de contre-guérilla qu'ils ont apprises en six mois.

Quelque 600 Somaliens, dont 15 femmes, ont été formés ces derniers mois à Bihanga, où, dans le cadre de l'EUTM, mission de formation de l'Union européenne (UE) des forces de sécurité somaliennes, instructeurs européens et ougandais travaillent côte à côte.Depuis avril 2010, date de début du programme, deux autres contingents -- pour environ 1.700 recrues -- les avaient précédés.

L'idée de cette formation est née avec la chute du régime des tribunaux islamiques en Somalie en 2006, puis la mise en place des actuelles autorités de transition et de l'Amisom, force de l'Union africaine (UA) formée essentiellement de soldats ougandais et burundais.

"Le constat était évident, il n'y avait pas d'armée en Somalie.L'armée était plus une agrégation de milices qu'une véritable armée.Il fallait en recréer une", explique Jean-François Hasperue, conseiller politique de l'EUTM.

La Somalie est sans gouvernement effectif depuis la chute du président Siad Barre en 1991: clans, milices, groupes islamistes s'affrontent depuis pour le contrôle de territoires.Les autorités de transition actuelles sont en particulier confrontées aux insurgés islamistes shebab, un mouvement récemment intégré à Al-Qaïda.

A Bihanga, l'UE a d'abord travaillé à la constitution d'unités, puis de compagnies."Notre objectif est de travailler sur la chaîne de commandement, c'est la principale faiblesse," poursuit M. Hasperue.

- "Je veux la liberté" - 

L'idée est de maintenir les groupes tels quels en Somalie, par souci d'efficacité et parce que les Européens se targuent d'avoir cassé la logique clanique qui prévaut encore dans l'embryon d'armée somalienne.Dans un pays rongé par les rivalités claniques, c'est pour eux essentiel.

Pour six mois de formation, les recrues toucheront 600 dollars, financés par les Américains.A Mogadiscio, les quelque 10.000 membres de l'armée somalienne reçoivent le même salaire de 100 dollars par mois.Plus des deux-tiers d'entre eux sont encore payés par les Américains, le reste par les Italiens.

Choukri Daher, une recrue, assure cependant ne pas être venue à Bihanga pour l'argent."Je veux la liberté de mon pays," dit la jeune femme de 26 ans, originaire de la région autoproclamée autonome du Puntland, où elle était sans emploi.

Rentrés à Mogadiscio, les soldats auront encore quelques semaines d'entraînement avec l'Amisom, aux côtés de laquelle ils seront déployés sur le terrain.

L'UE dit avoir des taux de défection très bas, et ne pas avoir eu vent de fuite dans les rangs shebab.Mais difficile de contrôler, surtout quand certains, récemment privés de solde par les Italiens, désertent leurs positions.

Les Somaliens aimeraient eux qu'une partie de la formation européenne, aussi, se fasse à Mogadiscio.

Mais l'UE est réticente.La discipline, dit-elle, serait plus difficile à tenir dans la capitale somalienne, en proie, en outre, à de persistantes attaques de guérilla.

"Nous allons y penser, évaluer la situation", avance Maciej Popowski, secrétaire général adjoint du service extérieur de l'UE.Mais reconstruire une armée ne suffira pas à stabiliser le pays si des réformes politiques ne suivent pas, ajoute-t-il.

Les autorités de transition actuelles, soutenues à bout de bras par la communauté internationale et qui, en cinq ans, ont échoué comme les précédentes à restaurer une autorité centrale, ont jusqu'à août pour se dissoudre et préparer nouvelle constitution, nouveau parlement, nouveau gouvernement.

Nombre d'observateurs craignent que le fragile processus ne s'effondre.Mais M. Popowski veut croire que le calendrier sera respecté et qu'un "gouvernement digne de confiance et en état de marche" émerge enfin.

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