"Je tiens à ma peau": un ancien cadre du groupe Sagem (devenu Safran), jugé à Paris pour avoir corrompu des fonctionnaires nigérians afin d'obtenir un juteux contrat il y a 10 ans, a répondu évasivement aux questions du tribunal, mardi, assurant avoir été "menacé".
La 11e chambre du tribunal correctionnel avait ouvert lundi le procès du groupe français d'électronique et de défense Safran (ex-Sagem) et de deux cadres, accusés d'avoir corrompu des fonctionnaires nigérians au début des années 2000.
L'électronicien Sagem avait signé avec le gouvernement nigérian, en août 2001, un juteux contrat de 214 millions de dollars (171 millions d'euros) pour la fourniture de 70 millions de cartes d'identité.
Pour son premier interrogatoire, mardi, Jean-Pierre Delarue, 65 ans, s'est d'abord présenté comme un "ingénieur commercial" retraité, particulièrement "bavard".
L'ancien expatrié, qu'on surnommait Monsieur Sagem à Lagos (la capitale économique du Nigeria), a plaidé que le projet du groupe français avait, à l'époque, emporté l'adhésion du président nigérian Olusegun Obasanjo parce qu'il avait présenté un système de saisie des empreintes digitales innovant, alors que ses concurrents proposaient de "prendre des photos d'identité avec des polaroïds de type jouet" et autres techniques "complètement obsolètes"...
"Rétributions"
Mais, quand l'une des juges s'est mise à détailler des "faits de corruption", il l'a corrigée, ne voulant parler que de "rétributions correspondant à des accords"...De toute façon, a-t-il dit, "je tiens à ma peau (...).On ne touche pas aux histoires de commissions au Nigeria.On n'en sort pas vivant".
Et d'insister en disant qu'il avait "reçu des menaces directes" de la part d'un homme venu le trouver dans un restaurant des Champs-Elysées, un mois après son expulsion du Nigeria, à la fin 2003."Il m'a alors répété ce que j'avais dit aux services secrets nigérians (après son interpellation dans le cadre de l'enquête nigériane, ndlr).Ce ne sont pas des rigolos!"
Le prévenu a ensuite dressé un tableau des plus sombres du Nigeria, "pays très difficile", "trouble"."Un client abattu, ça ne m'est arrivé que là-bas", a-t-il lancé.
Surtout, M. Delarue n'a cessé de déplorer que ses supérieurs hiérarchiques en France -PDG, directeurs, etc.- ne soient pas jugés eux aussi.Un seul des autres anciens cadres comparaît devant le tribunal, François Perrachon, aujourd'hui directeur commercial de Morpho (ex-Sagem Sécurité).
Le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke avait conclu qu'il n'était "pas prouvé" que les supérieurs hiérarchiques de ces deux hommes avaient "eu personnellement connaissance des faits de corruption".La société Safran est cependant jugée comme "personne morale", pour avoir "avalisé" les paiements effectués au titre des commissions versées à des officiels nigérians.
"Je ne serais pas resté plus de 20 ans chez Sagem si j'étais un affreux +jojo+ qui fait des choses tout seul dans son coin", a poliment protesté M. Delarue.
Selon l'accusation, le Nigérian Christopher Orumgbe Agidi, responsable du projet de carte d'identité nationale, avait "bénéficié de plus d'un million de dollars sur un compte à Londres, et son épouse de sommes quasiment équivalentes", a notamment relevé la juge.
"Ce n'est pas moi qui avais le pouvoir de déclencher les paiements", a souligné M. Delarue, que le dossier accuse d'avoir eu un "rôle central" dans la corruption parce qu'il côtoyait directement les hauts fonctionnaires sur le terrain.
L'avocat de M. Perrachon, Me Christian Saint Palais, plaide la relaxe.Car, a-t-il dit, "on juge deux salariés en bas de la hiérarchie" qui, de toute façon, "n'avaient aucun intérêt à corrompre seuls".
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