Déracinement, isolement, hallucinations...Le choc culturel vécu par les six Somaliens accusés de la prise d'otages en 2008 du voilier Le Ponant, en détention provisoire en France depuis quatre ans, a été mercredi au centre des débats de la cour d'assises de Paris.
Ces hommes de 25 à 50 ans avaient été interpellés à terre le 11 avril 2008 par les forces spéciales françaises, quelques heures après la libération des 30 membres d'équipage du luxueux voilier.Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Mercredi, la cour d'assises qui les juge depuis le 22 mai a entendu les "enquêteurs de personnalité" chargés de retracer leurs parcours.
L'avocat général Bruno Sturlese a insisté sur les "limites de l'exercice" puisque les enquêteurs ont dû principalement se baser sur les déclarations des accusés, n'ayant pu joindre que quelques membres de leur famille en Somalie pour recouper leurs informations.
L'un des enquêteurs a dit s'être fait expliquer par des interprètes l'organisation en clans de la société somalienne, le rôle de la religion et le mode de vie.
La plupart des accusés sont issus de grandes fratries, ont été peu ou pas scolarisés mais ont appris à lire et écrire.Gardiens de chèvres ou de dromadaires dans leur enfance, ils ont plus tard alterné l'activité de pêcheur de langoustes avec celle de maçon, chauffeur de taxi ou livreur de khat, plante hallucinogène très prisée dans la région.
Depuis la reprise de la guerre civile en Somalie en 1991, ils ont vu leurs conditions de vie se détériorer.L'un d'eux gagnait comme pêcheur l'équivalent de "6 euros les jours fastes, et habituellement plutôt 3".
"psychose de détention"
Le seul des accusés à reconnaître être un pirate est surnommé "le Mielleux", a dit sa soeur aux enquêteurs, ce qui n'est pas péjoratif en Somalie mais marque sa "douceur".
Après leur interpellation, ils ont été transférés en France, et ont d'abord vécu dans un grand isolement, ne pouvant communiquer autrement que par gestes avec les surveillants et codétenus et ne comprenant rien à la procédure.
Ils ont depuis été regroupés avec d'autres Somaliens, et prennent en prison des cours de français.
Tous ont dit souffrir de ne plus avoir de nouvelles de leur famille.L'un n'a pas de nouvelles de sa femme et de son fils depuis son incarcération, un autre, marié depuis six mois quand il a été interpellé, a appris que son épouse voulait divorcer.
Abdulqader Guled Said, 32 ans, qui affirme n'être jamais monté sur le Ponant, a dit à l'audience avoir reçu un seul courrier en quatre ans, lui annonçant le décès de son père, chef de clan.
En prison, "il a bu de l'eau de javel, du shampoing et a été retrouvé nu à la promenade", a dit son avocat, Me Grégory Saint-Michel.Il a aussi pensé que d'autres Somaliens voulaient l'empoisonner et a vu "des bêtes sauvages".
Selon son autre conseil, Me Augustin d'Ollone, il a été diagnostiqué comme souffrant du syndrome de Ganser, "une psychose de détention" dont l'un des symptômes sont les hallucinations.
Certains souhaitent retourner chez eux, d'autres faire une demande d'asile en France après leur libération, pour y trouver un travail et pouvoir envoyer de l'argent à leur famille."C'est un pays pacifié", a expliqué Abdullahi Youssouf Hersi, 25 ans.
Le verdict est attendu en milieu de semaine prochaine.
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