Le Rwanda a officiellement mis un terme lundi aux "gacaca", juridictions populaires créées en 2001 pour juger la plus grande majorité des auteurs présumés du génocide de 1994 dans ce pays.
La date d'"aujourd'hui ne marque pas seulement la clôture des tribunaux, mais reconnaît également la valeur, sur le long terme, du processus," a déclaré le président rwandais, Paul Kagame, à l'occasion de la cérémonie de clôture à Kigali.
"C'est la célébration du rétablissement de l'unité et de la confiance parmi les Rwandais, et la réaffirmation de notre capacité à trouver nos propres réponses à des questions apparemment insolubles," a-t-il ajouté, cité dans un communiqué de la présidence rwandaise.
La fermeture de ces juridictions controversées, dont des organisations de défense des droits de l'Homme ont dans le passé déploré qu'elles ne respectaient pas les normes judiciaires internationales, avait initialement été programmée pour 2007.
Mais cette fin annoncée avait été plusieurs fois reportée, en raison de la complexité de certaines affaires, de nombreux recours et de la découverte de nouveaux faits.
Quelque 12.100 gacaca (prononcer "gatchatcha"), inspirées des anciennes assemblées pendant lesquelles les sages du village réglaient les différends assis sur la pelouse, ont au total jugé près de deux millions de personnes, pour un taux de condamnation de 65%, selon des données du gouvernement rwandais.
Les premiers procès - en présence de juges non professionnels, élus dans des collectivités locales - avaient débuté en mars 2005.
Le système reposait essentiellement sur les aveux de coupables qui, lorsqu'ils étaient complets, permettaient de reconstituer le déroulement des tueries.De nombreuses fosses communes avaient aussi été découvertes grâce aux aveux des suspects, contribuant ainsi au travail de deuil.
Les gacaca avaient été créées en vue de contribuer à la réconciliation après le génocide.Pour le gouvernement rwandais, ces juridictions étaient la seule façon de juger le grand nombre de personnes impliquées dans ces massacres.
Perpétré entre avril et juillet 1994, le génocide au Rwanda a fait au moins 800.000 morts, principalement parmi la communauté des Tutsis, selon les Nations unies.
"Nous avions trois choix", a poursuivi lundi le président rwandais.
"Le premier, le plus dangereux, était le chemin de la revanche, et le deuxième celui d'une amnistie générale," a-t-il dit."Mais nous avons choisi la troisième voie, la plus difficile, celle consistant à traiter la question une fois pour toute et de rétablir l'unité et l'intégrité de la nation."
Parmi les critiques des gacaca, Human Rights Watch avait estimé l'an dernier que le bilan de ces juridictions populaires était "mitigé" et entaché de "graves erreurs judiciaires".
L'organisation de défense des droits de l'Homme avait reconnu que le système avait "obtenu certaines réussites", comme "l'organisation de procès rapides avec la participation populaire, une réduction de la population carcérale et une meilleure compréhension de ce qui s'est passé en 1994".
Mais HRW avait aussi dénoncé "un large éventail de violations (des principes d'un) procès équitable", comme "des restrictions sur la capacité de l'accusé à établir une défense efficace", de "fausses accusations, dont certaines fondées sur la volonté du gouvernement rwandais de faire taire les critiques" ou "l'intimidation de témoins à décharge par des juges ou par des autorités".
Lundi, M. Kagame a reconnu que le système avait eu "ses imperfections".Les gacaca ont "été critiquées à l'intérieur et à l'extérieur du Rwanda, mais ceux qui ont émis ces critiques n'ont offert aucune alternative viable qui aurait pu donner les résultats dont nous avions besoin", a-t-il estimé.
Avant de comparer l'efficacité des gacaca aux travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), dont le siège est à Arusha en Tanzanie, qui n'a, rappelle la présidence rwandaise, jugé que 60 affaires, des procès dont le coût a été "très élevé".
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