Le processus de la délicate succession du Premier ministre Meles Zenawi se poursuivait vendredi à Addis Abeba dans la discrétion, et les rares détails ayant filtré jusqu'ici suscitent de nombreuses questions.
Plus de 72 heures après l'annonce officielle mardi du décès de l'homme fort de l'Ethiopie des 20 dernières années, aucune date n'était toujours annoncée pour réunir le parlement, devant lequel le vice-Premier ministre Hailemariam Delasegn, qui assure l'interim jusqu'en 2015, doit prêter serment pour devenir Premier ministre.
Une session parlementaire convoquée jeudi a été annulée, selon le gouvernement pour permettre aux députés de respecter le deuil national décrété jusqu'aux funérailles de Meles.M. Hailemariam assistait ce jour-là aux obsèques du patriarche de l'Eglise orthodoxe éthiopienne, l'abuna Paulos, autre figure du pays disparu mi-août.
Mais "on se demande s'il n'y a pas un problème", relève un diplomate sous couvert de l'anonymat, "ce (jeudi) matin, il n'y a toujours pas de date annoncée" pour convoquer le parlement."Ca peut être de l'impréparation, mais ça peut être aussi le signe de tensions internes", ajoute-t-il.
Sudiste, protestant, n'ayant pas combattu au sein de la rébellion ayant conduit Meles et ses fidèles au pouvoir en 1991, Hailemariam Delasegn, 47 ans, cumule les handicaps, dans un pays où le pouvoir réel est aux mains des ex-rebelles de la minorité tigréenne issue du nord du pays, et dans une société majoritairement orthodoxe très marquée par la religion.
Pas sûr non plus que le personnage, choisi à ce poste en 2010 par Meles dont il fut le conseiller, fasse l'unanimité au sein de la coalition au pouvoir (EPRDF) et surtout de sa colonne vertébrale, le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), l'ex-rébellion de Meles.
"La transition ne sera sans heurts que si (M.Hailemariam) garde l'unité du TPLF.Ce sera dur pour lui, car il n'est pas membre du parti et va devoir gagner sa confiance", estimait, peu après le décès du Premier ministre, Abdillahi Hassan Jama, professeur de Sciences politiques à l'Université Kenyatta de Nairobi.
"Le décès de Meles pourrait précipiter la compétition pour le pouvoir au sein de l'EPRDF", souligne pour sa part Jason Mosley, du centre de réflexion britannique Chatham House.
Meles, qui avait fait part de son désir de quitter le pouvoir à plus ou moins long terme, semblait vouloir faire de M. Hailemariam son successeur.
"Mais sa mort pourrait totalement bouleverser tout projet.Les caciques de l'EPRDF, et particulièrement du TPLF, vont désormais faire valoir et protéger leurs intérêts, en vue de conserver leurs positions et leur influence après la redistribution des cartes", selon M. Mosley.
Avec une Constitution muette sur la vacance ou l'empêchement, M. Hailemariam assure l'interim, aux termes d'un article prévoyant que le vice-Premier ministre "agit au nom du Premier ministre en son absence".
Le président américain Barack Obama, dont le pays avait trouvé en Meles un allié-clé dans la lutte contre l'islamisme dans la région, l'a même appelé jeudi.
Le porte-parole du gouvernement éthiopien, Bereket Simon, a assuré qu'une fois investi Premier ministre, M. Hailemariam resterait en fonction jusqu'en 2015, date prévue des prochaines législatives.
Mais selon M. Mosley, "il y a de sérieux doutes que Hailemariam (...) reste en fonction de façon plus permanente", au-delà de l'interim.
Pour l'heure, en période de deuil, il est peu probable qu'ambitions et rivalités s'affichent.Et M. Hailemariam a pour lui d'avoir été choisi par Meles lui-même.En Ethiopie, "on ne remet pas en cause les décisions de Meles, particulièrement en période de deuil", souligne le diplomate.
Mais même s'il est investi, M. Hailemariam devra encore être adoubé par la coalition au pouvoir.Un congrès ordinaire (convoqué avant la mort de Meles) est prévu en septembre et l'avenir politique de M. Hailemariam et du pays devrait s'y décider, à huis clos.
"Si Hailemariam Delasegn ne fait pas l'unanimité au sein de la coalition, et particulièrement au sein du TPLF, il ne survivra pas" à la tête du pays, poursuit ce diplomate.
Comme le rappelle M. Mosley, "dans un pays qui n'a connu que trois changements de dirigeants depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a peu de précédent utile pour clarifier la façon dont le processus va se dérouler".
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