Justin Koné Katinan, porte-parole en exil de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, visé par un mandat d'arrêt international émis par Abidjan, a été arrêté au Ghana, a-t-on appris samedi auprès de sa famille.
"Il a été arrêté hier (vendredi) à Accra par la police ghanéenne en provenance de Johannesburg", a déclaré à l'AFP un membre de sa famille joint depuis Abidjan par téléphone dans la capitale ghanéenne.
"Cette fois, c'est la bonne", a indiqué une source gouvernementale ivoirienne, alors que l'arrestation de cette figure de proue du régime déchu avait été annoncée à tort il y a quelques mois.
Une délégation ivoirienne est partie le chercher à Accra et "il devrait être ramené à Abidjan dans la journée", a-t-elle affirmé.
"Il a eu sa femme au téléphone, il lui a dit qu'il n'est pas question de l'extrader", a cependant assuré le membre de sa famille contacté à Accra, selon lequel "son statut de réfugié politique vient d'être renouvelé".
La police ghanéenne n'a pas confirmé dans l'immédiat cette arrestation."Je ne suis pas au courant de cette information", a dit à l'AFP Prosper Agblor, responsable du Département des investigations criminelles.
M. Katinan a été ministre du Budget de M. Gbagbo durant la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011) qui a fait quelque 3.000 morts et s'est conclue après deux semaines de guerre par la chute de son mentor, qui refusait de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.
Il est visé depuis août 2011 par un mandat d'arrêt pour "crimes économiques", la justice ivoirienne le tenant pour l'un des instigateurs de ce que le régime du chef de l'Etat Alassane Ouattara considère comme un "braquage" des agences ivoiriennes de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) pendant la crise.
Adversaire virulent du nouveau pouvoir, il était en exil et basé au Ghana depuis la fin de la crise et avait été nommé porte-parole de l'ancien président.M. Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2011 par les forces pro-Ouattara et est détenu depuis fin 2011 à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne de crimes contre l'humanité.
Changement de pouvoir à Accra
C'est le deuxième mandat d'arrêt international émis par la justice ivoirienne visant des personnalités du camp Gbagbo en exil à être exécuté.
Avant lui, l'ancien ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi avait été arrêté au Togo le 6 juin et extradé en Côte d'Ivoire.
L'arrestation de M. Katinan, considéré comme un "dur" du camp Gbagbo, intervient en plein regain de tension en Côte d'Ivoire, après une vague d'attaques meurtrières contre l'armée et des expéditions menées par des inconnus armés au siège de l'ex-parti au pouvoir, le Front populaire ivoirien (FPI), et dans les locaux d'un groupe de presse pro-Gbagbo.
Après les attaques contre l'armée, le pouvoir ivoirien a accusé des miliciens et militaires pro-Gbagbo qui bénéficieraient du soutien d'exilés au Ghana, ce que le FPI a récusé.
De nombreux responsables politiques et militaires de l'ex-régime ont trouvé refuge dans la région après la crise, principalement au Ghana.
Abidjan a demandé jusque-là en vain l'exécution des mandats d'arrêt visant certains d'entre eux, mais a repris espoir avec l'arrivée du nouveau président ghanéen John Dramani Mahama, installé après le décès le 24 juillet de son prédécesseur John Atta Mills.
A la suite de la crise postélectorale, une vingtaine de personnalités du régime déchu restent inculpées et incarcérées pour génocide, crimes de sang, atteinte à la sûreté de l'Etat ou crimes économiques.L'ex-ministre Alphonse Douati a été arrêté le 18 août à Abidjan, inculpé et incarcéré pour "atteinte à la sûreté de l'Etat".
Alors que les forces pro-Ouattara sont aussi accusées de crimes durant la crise, y compris par une commission d'enquête ivoirienne qui leur a imputé plus de 700 morts, aucune figure du camp présidentiel n'a encore été inquiétée, alimentant des accusations récurrentes de "justice des vainqueurs".
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