Le patron de la chaîne Ettounsiya TV, producteur d'une émission politique satirique suspendue en Tunisie, a été incarcéré jeudi, en dénonçant une atteinte à la liberté d'expression, alors que le gouvernement dirigé par les islamistes est accusé de faire pression sur les médias.
"Sami (Fehri) vient de se rendre au procureur général", a annoncé à l'AFP Me Sonia Dahmani, précisant ensuite que son client avait été incarcéré à la prison de Mornaguia, à 30 km à l'ouest de Tunis.
"Je constate que mon client a été jeté en prison sans que la défense n'ait eu connaissance du dossier ni de la requête de la chambre d'accusation", a déclaré un autre avocat, Me Abdelaziz Essid, qui a indiqué avoir déposé un pourvoi en cassation contre le placement en détention.
La justice tunisienne a ordonné le 24 août le placement en détention provisoire de M. Fehri dans un affaire de corruption remontant à l'époque du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali.
L'intéressé, qui risque dix ans de prison, affirme que cette décision a été prise en représailles à la diffusion d'une émission de marionnettes satiriques politiques, qui a été déprogrammée en raison, selon lui, de pressions du gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahda.
Les autorités affirment vouloir "assainir" le secteur des complices de l'ancien régime, rappelant que M. Fehri a été un associé de Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali et homme d'affaires en fuite au Canada.
Des organisations de défense des droits de l'Homme et le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ont souligné que l'incarcération avait été ordonnée en violation de la loi, le prévenu n'ayant pas été informé de l'audience.
Elles ont aussi émis des doutes sur les véritables intentions des autorités, les déboires judiciaires de M. Fehri coïncidant avec l'arrêt de l'émission satirique qui tournait en dérision les dirigeants du pays et d'Ennahda.
Censure
Dans une déclaration vidéo diffusée dans la nuit de mercredi à jeudi par sa chaîne, M. Fehri a dénoncé des poursuites illégales.
"La liberté d'expression dans laquelle nous vivons depuis le 14 janvier (2011, date de la fuite de Ben Ali) est menacée.Nous sommes soumis à de grosses pressions, c'est très grave", a déclaré M. Fehri, qui sous Ben Ali produisait des émissions de divertissement à grand succès.
La présidence tunisienne a fait savoir jeudi qu'elle "s'opposait fermement à tout châtiment corporel" contre les professionnels des médias.
"Pour le président Moncef Marzouki, les excès et abus de la liberté qui sont monnaie courante (...) restent préférables à un retour de la tyrannie qui réduisait au silence toutes les voix discordantes", annonce la page Facebook de la présidence.
"La présidence compte sur la justice pour disculper Sami Fehri s'il a été incarcéré pour des motifs politiques", ajoute-t-elle.
Les islamistes sont accusés de chercher à contrôler les médias, particulièrement en nommant leurs partisans à la tête des télévisions, journaux et radios publics.
Dernier scandale en date, les rédactions de deux quotidiens -- Essabah (en arabe) et Le Temps (en français) -- ont accusé jeudi leur nouveau directeur, Lotfi Touati, d'avoir "censuré" un texte des journalistes dénonçant sa nomination.
Selon Sana Farhat, journaliste et déléguée syndicale à "Le Temps", M. Touati a bloqué l'impression des journaux dans la nuit et remplacé la motion de la rédaction par de la publicité.
Le numéro deux d'Ennahda, Abdelfattah Mourou, a rejeté jeudi ces accusations."Si Ennahda ne défendait pas la liberté d'opinion, (le parti) n'aurait plus de raison d'exister", a-t-il déclaré en conférence de presse.
Le SNJT et Reporters Sans Frontières (RSF) ont dénoncé mercredi "une mainmise" des autorités sur les médias publics.
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