La passivité du gouvernement sud-africain dans la crise sociale qui secoue le pays depuis plus d'un mois a été sanctionnée jeudi par l'agence de notation Moody's, qui a abaissé d'un cran la note du pays en pointant la faiblesse du pouvoir.
Moody's a ramené la note de l'Afrique du Sud de A3 à Baa1, fustigeant "la capacité réduite (du gouvernement) à gérer les risques pour la croissance et la compétitivité".
Cette décision risque d'augmenter le coût de financement de la première économie africaine, et d'effrayer un peu plus les investisseurs, déjà échaudés par la multiplication des grèves dans les mines.
Dans le pays, les mouvements sociaux se sont poursuivis jeudi.Une grève des routiers a été émaillée de violences, faisant six blessés en 48 heures et 45 personnes ont été interpellées.
Dans le secteur minier, le plus affecté depuis août par les arrêts de travail sauvages, le numéro un mondial du platine Amplats a annoncé l'ouverture de procédures disciplinaires contre ses mineurs en grève sauvage, pouvant aller jusqu'au licenciement.
L'entreprise a précisé que moins de 20% de ses 26.000 employés avaient rejoint leur poste de travail jeudi.
Les revendications salariales dans le secteur minier, qui ont touché ou touchent d'autres géants du platine ou de l'or, ont été exacerbées par les événements de la mine de platine de Marikana en août et septembre.
Sur ce site exploité par Lonmin, le conflit social a fait 46 morts au total, dont 35 tués par la police.Les mineurs ont finalement obtenu entre 11 et 22% d'augmentation, après plus de cinq semaines de grève hors du cadre légal.
Moody's cite parmi ses principaux griefs "le déclin de la puissance institutionnelle gouvernementale sur fond de stress socio-économique croissant, avec comme conséquence la capacité réduite à gérer les risques pour la croissance et la compétitivité".
L'agence note également que la marge de manoeuvre du gouvernement pour contrer les effets d'une conjoncture mondiale néfaste s'est réduite, "compte tenu de la détérioration des paramètres de la dette du gouvernement depuis 2008, des perspectives incertaines de recettes, et du niveau déjà faible des taux d'intérêt".
Le climat des investissements est désormais négatif en Afrique du Sud, estime Moody's, en raison "du manque d'infrastructures, des coûts salariaux relativement élevés en dépit d'un chômage important, et d'inquiétudes sur la stabilité politique future de l'Afrique du Sud".
Moody's estime que l'inertie est alimentée par l'approche d'un congrès décisif de l'ANC au pouvoir en décembre, où le président Jacob Zuma vise sa réélection à la tête du parti.
A sa façon, la ministre des mines Susan Shabangu a illustré l'impuissance du gouvernement jeudi, en déclarant publiquement, plus d'un mois après les événements dramatiques de Marikana: "Il y a des grèves partout dans le monde, les nôtres posent problème à cause de leur caractère violent.Je n'ai pas la solution mais nous devons tous nous interroger sur ce qui ne marche pas et ce que nous devons corriger".
Quant aux raisons qui poussent les mineurs à débrayer sans préavis, sans présenter de revendications dans les formes, et à rejeter le puissant syndicat des mines, le NUM, elle a affirmé que c'était du jamais vu: "Nous étudions le phénomène, et pour l'instant, c'est difficile de dire pourquoi nous avons ça (...)".
Selon Peter Attard Montalto, spécialiste des marchés émergents à la banque japonaise Nomura, "le risque de nouvelles dégradations par d'autres agences demeure très élevé".
Fin 2011 et début 2012, les trois principales agence de notation, Moody's la première en novembre, Fitch en janvier et Standard & Poor's en mars, avaient tour à tour jugé que les perspectives économiques sud-africaines se dégradaient.
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