Le président gambien accusé de paranoïa après seize ans de pouvoir

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DAKAR (AFP)

Le président gambien Yahya Jammeh fête jeudi les seize ans de son arrivée au pouvoir par la force, accusé d'être devenu "paranoïaque" par ses détracteurs qui dénoncent l'arrestation et la condamnation de tous ceux qui s'opposent à lui.

Ex-commandant de la police militaire, Jammeh avait 29 ans quand il renversa sans violences, le 22 juillet 1994, le président Dawda Jawara, au pouvoir depuis près de trente ans.

Le 16e anniversaire du putsch est célébré une semaine après la condamnation à mort de l'ancien chef de l'armée, et de sept autres personnes dont de hauts responsables militaires et des hommes d'affaires, accusés d'avoir comploté en 2009 pour renverser le régime.

Onze personnes avaient déjà été condamnées pour une présumée tentative de putsch en 2006, à des peines allant de 20 ans de prison à la perpétuité.

"Devenu paranoïaque, le président Yahya Jammeh voit des coups d'Etat partout", affirme la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho).

"Depuis qu'il est au pouvoir, plus de 200 coups d'Etat ont été recensés dans un pays" où "règnent l'intimidation et la terreur qui n'épargnent ni les acteurs politiques ni les acteurs de la société civile", ajoute cette ONG ouest-africaine basée à Dakar.

Elle rappelle que le régime est régulièrement accusé "d'intimidations et agressions contre la presse", de "harcèlements incessants des défenseurs des droits de l'homme", "d'arrestations arbitraires", de "tortures, meurtres, exécutions sommaires".

Lors d'une récente tournée nationale, Jammeh, 45 ans, réélu trois fois depuis son accession au pouvoir et qui se représentera pour un quatrième mandat en 2011, a lancé: "Que cela vous plaise où non, aucun coup d'Etat, aucune élection ne mettra fin à mon gouvernement.Je dirigerai ce pays par la grâce de Dieu aussi longtemps que je le voudrai et choisirai mon successeur".

Amnesty International a prévu d'organiser jeudi des manifestations anti-Jammeh dans plusieurs villes dont Dakar, mais le président n'en a cure.

En septembre 2009, il avait menacé d'exécuter tous ceux qui tenteraient de "déstabiliser" son pays en concertation avec ces "supposés défenseurs des droits de l'homme", même si aucune condamnation à mort n'a été concrétisée depuis 2007.

Sous couvert de l'anonymat, un responsable gambien de la Coalition pour les droits de l'Homme en Gambie, basée à Dakar, affirme que Jammeh "est une personne extrêmement intolérante" qui "voit ceux qui l"entourent comme une menace et, malheureusement, sa réaction est toujours très brutale".

Mais ses partisans font valoir qu'il a développé son pays, avec le soutien des bailleurs de fonds internationaux.

Il a inauguré lundi un hôtel cinq étoiles d'une valeur de 32 millions d'euros et un pont sur l'estuaire du fleuve Gambie qui relie le nord et le sud du pays.Puis il a posé, deux jours plus tard, la première pierre d'un nouveau parlement, d'une valeur de 9 millions d'euros.

La Gambie, petit pays d'1,5 million d'habitants, ancienne colonie britannique enclavée en territoire sénégalais, est bordée de plages de sable fin et de palmiers majestueux qui attirent les touristes par milliers.

Mais la manne touristique ne suffit pas à endiguer la pauvreté, puisqu'en dépit d'une croissance de 5,9%, 67% des habitants vivaient en 2008 avec moins d'un euro par jour, selon la Banque Mondiale.

"C'est bien d'avoir de grands édifices et de grands hôtels, mais c'est encore mieux pour les gens de pouvoir bénéficier des libertés fondamentales", souligne le responsable la Coalition pour les droits de l'Homme en Gambie.

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