L'armée égyptienne a sommé samedi le pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi et l'opposition de dialoguer pour résoudre la crise qui secoue le pays, mettant en garde contre un "désastre" en cas d'échec.
Mais les formations islamistes qui soutiennent M. Morsi ont durci le ton, refusant tout report du référendum constitutionnel du 15 décembre, exigé par l'opposition et évoqué par le pouvoir lui-même.
Une coalition de treize partis et mouvements islamistes égyptiens "insiste pour que le référendum sur la Constitution ait lieu à la date prévue, sans modification ni report", selon un communiqué lu par le numéro deux des Frères musulmans, Khairat Al-Chater.
L'armée a de son côté fait valoir que le dialogue était "la meilleure et la seule voie pour arriver à un compromis et représenter au mieux les intérêts de la nation et de ses citoyens".
Il s'agit de la première prise de position politique de l'armée depuis le début de la crise, déclenchée le 22 novembre par un décret dans lequel M. Morsi s'est octroyé des prérogatives s'apparentant à des pleins pouvoirs.
Ces derniers jours, l'armée a assuré la protection du palais présidentiel visé par des manifestations, tout en faisant savoir qu'elle n'emploierait pas la violence contre la foule.
L'armée joue traditionnellement un rôle important en Egypte, même si M. Morsi, premier président civil du pays, l'avait rendue moins présente en août en mettant à la retraite son chef, le maréchal Hussein Tantaoui.
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), présidé par M. Tantaoui, avait dirigé le pays de la chute d'Hosni Moubarak en février 2011 jusqu'à l'élection de M. Morsi en juin.
Dans son communiqué, l'armée prévient que, faute de dialogue, l'Egypte emprunterait "un sentier obscur qui déboucherait sur un désastre", ce que l'institution militaire "ne saurait permettre".Elle appelle aussi au "respect de la légalité et des règles démocratiques".
"Légitimité" des décisions de Morsi
En revanche, le communiqué ne fait pas mention d'informations du quotidien gouvernemental Al-Ahram qui assurait samedi que le cabinet de M. Morsi avait approuvé un projet de loi donnant pouvoir à l'armée d'arrêter des civils en cas de troubles à l'ordre public.
Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans, dont le président Morsi est issu, a lui aussi lancé un appel au dialogue lors d'une conférence de presse.Mais il a aussi insisté sur la nécessité de respecter la "légitimité" des décisions du chef de l'Etat.
L'opposition insiste en revanche sur un report du référendum, et en a fait l'un de ses chevaux de bataille, avec l'annulation du décret plaçant les décisions de M. Morsi à l'abri de tout recours en justice.
Les manifestants réclament plus de temps, ce qui permettrait, selon eux, d'élaborer un texte plus consensuel.Ils accusent la mouture actuelle d'ouvrir la voie à une islamisation accrue de la législation et de manquer de garanties pour les libertés, en particulier d'expression et de religion.
Jeudi soir, dans un discours à la nation, le président Morsi s'était montré ferme sur ces deux points.Il avait cependant invité au dialogue l'opposition, qui avait rejeté cette offre.
Le vice-président Mahmoud Mekki avait annoncé vendredi qu'un report du scrutin pouvait être envisagé, à condition que l'opposition ne se serve pas de ce report, contestable au vu du calendrier légal, pour tenter de rendre le texte caduc.
Samedi, une centaine de manifestants étaient toujours à proximité du palais, surveillés sans tensions par les soldats qui bloquent l'accès au site à l'aide de barbelés et de blindés.
Vendredi soir, plus de 10.000 opposants s'étaient massés devant la présidence.Nombre d'entre eux avaient pu franchir les barbelés pour s'approcher du palais, sans toutefois provoquer d'incident ni pénétrer dans le complexe présidentiel.
Depuis Addis Abeba, l'Union africaine (UA), dont l'Egypte fait partie, a elle aussi appelé au "dialogue" entre pouvoir et opposition et "à travailler en vue d'un processus consensuel d'élaboration d'une Constitution".
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