Tunisie: le principal syndicat annule son appel à la grève

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TUNIS (AFP) - (AFP)

Le principal syndicat de Tunisie a annulé mercredi son appel à une grève générale jeudi lancé pour dénoncer une attaque d'un groupe proche des islamistes au pouvoir, invoquant "le climat d'insécurité" deux ans après la révolution qui a lancé le Printemps arabe.

"La décision a été prise d'annuler la grève en raison de la situation difficile que traverse le pays, des tensions existantes, du climat d'insécurité, des menaces à nos frontières et pour préserver la paix sociale", a annoncé à la presse Houcine Abassi, secrétaire générale de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Cette décision a été prise après six heures de discussions tendues entre les 81 délégués de l'instance dirigeante de l'organisation syndicale, au lendemain de l'annonce d'un projet de compromis avec le gouvernement dirigé par les islamistes du parti Ennahda.

Selon le contenu du texte dont l'AFP a obtenu une copie, l'UGTT a renoncé à sa principale revendication: la dissolution de la Ligue de protection de la révolution, sorte de milice pro-Ennahda aux méthodes brutales et accusée d'avoir attaqué un cortège et le siège du syndicat le 4 décembre à Tunis.

L'accord prévoit néanmoins la création sous dix jours "d'une commission mixte formée par le gouvernement et l'UGTT pour enquêter sur les violences (du 4 décembre) attribuée à la Ligue de protection de la révolution".

Cette commission remettra son rapport, un mois après sa formation, au Premier ministre Hamadi Jebali.

Visiblement dépité, l'un des 81 délégués syndicaux, Mounir Yacoub, a indiqué à l'AFP que l'annulation de la grève avait été décidée par "une majorité très serrée" et a estimé que l'UGTT n'avait "rien" obtenu du gouvernement.

Le gouvernement et Ennahda avaient vivement dénoncé l'appel à la grève lancé la semaine dernière par la centrale syndicale, alors que le pays voit les manifestations sociales dégénérer en violences et les attaques de groupuscules islamistes se multiplier ces derniers mois sur fond d'impasse politique, faute d'un compromis sur la future Constitution.

Ces graves tensions interviennent par ailleurs alors que la Tunisie fête le 17 décembre le deuxième anniversaire du début de sa révolution, la première du Printemps arabe, alors que les espoirs en matière de lutte contre le chômage et la misère n'ont guère été concrétisés.

L'appel au débrayage laissait aussi craindre de nouveaux heurts, alors que partisans du syndicat et ceux d'Ennahda sont à couteaux tirés depuis le dernier grand mouvement social, fin novembre à Siliana (sud-ouest).

Cette grève régionale avait dégénéré en cinq jours d'affrontements entre policiers et manifestants, faisant 300 blessés.

Dans ce climat difficile, le président Moncef Marzouki a d'ailleurs annulé un déplacement en Pologne et en Bulgarie cette semaine notant "la situation délicate dans le pays et la montée des frictions politiques".

L'UGTT --qui revendique un demi-million de membres-- est une organisation historiquement très influente en Tunisie.

Dans son histoire, ce syndicat n'a appelé qu'à deux grèves nationales, l'une en 1978 dont la répression a fait des dizaines de morts, et une autre, le 12 janvier 2011, deux jours avant la chute du régime de Ben Ali.

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