Les autorités nigériennes ont jugé lundi "salutaire" la décision de la Libye de fermer ses frontières avec ses voisins du sud, dont le Niger, mais des voix se sont élevées dans le Nord nigérien pour s'inquiéter des répercussions sur les échanges commerciaux et la sécurité.
"La mesure est salutaire.Nous n'avons certes pas été consultés mais nous l'approuvons car il y a trop de trafics sur cette frontière, depuis des années et en particulier depuis que la Libye n'avait plus tout à fait un Etat", a affirmé à l'AFP le chef de la diplomatie nigérienne, Momahed Bazoum, en référence à la chute et à la mort du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en octobre 2011.
La Libye a annoncé dimanche la fermeture de ses frontières avec ses quatre voisins du sud: l'Algérie, le Niger, le Tchad et le Soudan, en raison de la détérioration de la sécurité dans le sud du pays, décrété "zone militaire fermée".
Le Niger a "des difficultés" avec la frontière libyenne car il y a "beaucoup" de trafics "d'armes, de drogues et de voitures", a souligné le ministre nigérien, jugeant "bon que les autorités libyennes veuillent y mettre fin".
M. Bazoum a toutefois reconnu que la décision libyenne affecterait les échanges commerciaux, notamment avec le nord du Niger, frontalier de la Libye.
"C'est sûr que ça aura des effets négatifs, notamment dans le flux du commerce et le déplacement des personnes.Nous avons beaucoup de nos compatriotes qui ont des intérêts en Libye", a-t-il relevé.
"Mais au total, si la Libye peut contrôler sa frontière, cela va être extrêmement positif pour la sécurité globale de la sous-région", selon lui.
Cependant Rhissa Feltou, maire d'Agadez, la capitale régionale du nord du Niger, a affirmé qu'"un drame humain se prépare".
"Nous vivons depuis deux ans les effets de la crise libyenne dans notre chair avec le ralentissement des très importants échanges commerciaux entre notre région et la Libye", a-t-il déclaré à l'AFP, joint au téléphone depuis Niamey.Avec la fermeture de la frontière, "on sera asphyxiés", a-t-il assuré.
"Il suffit qu'on ferme ce couloir vital de ravitaillement pour que nous suffoquions", a-t-il expliqué.
Le Niger exporte vers la Libye du bétail et des oignons, entre autres, et importe de chez son voisin des vivres (du blé, notamment) et des produits manufacturés.
"Au plan économique, une flambée des prix des denrées importées de Libye sera inévitable", a renchéri Ahmed Ouagaya, ex-chef rebelle touareg, depuis Agadez."Ca va chauffer dans les foyers ici!", s'est-il alarmé.
Il a redouté en outre "une recrudescence de l'insécurité, notamment les braquages sur les routes par les jeunes désoeuvrés".Des jeunes empêchés de mener leurs activités commerciales avec la Libye pourront se rabattre sur le "banditisme armé", qui a gangrené la région ces dernières années, a-t-il dit.
De retour d'une tournée régionale qui l'a conduit en Algérie, au Niger, au Tchad et au Soudan, le Premier ministre libyen Ali Zeidan a annoncé qu'un accord quadripartite allait être signé pour sécuriser les frontières avec ces pays contre les "terroristes".
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