La Cour pénale internationale a acquitté mardi l'ancien chef de milice congolais Mathieu Ngudjolo Chui de crimes contre l'humanité et crimes de guerre, l'accusation n'ayant pu prouver qu'il avait dirigé l'attaque en 2003 d'un village de République démocratique du Congo ayant fait plus 200 morts, mais le procureur compte interjeter appel.
Les juges n'ont pas pu conclure, au vu de l'ensemble des éléments de preuves figurant au dossier, que "l'accusé était le chef des combattants Lendu ayant participé à l'attaque de Bogoro le 24 février 2003", dans le nord-est de la RDC, a déclaré le juge Bruno Cotte à La Haye, siège de la CPI.
Les trois témoins clés de l'accusation n'étaient pas crédibles et leurs déclarations ont une "très faible valeur probante", a notamment soutenu Bruno Cotte.
Les juges ont ordonné la libération de Mathieu Ngudjolo Chui malgré une demande de maintien en détention de la part du bureau du procureur, qui souhaite faire appel, de l'acquittement et de la remise en liberté.Si ce dernier est accepté, M. Ngudjolo, 42 ans, pourrait rester détenu jusqu'à la conclusion du procès en appel.
"Mathieu se sent très bien, il est très soulagé", a déclaré son avocat, Jean-Pierre Kilenda, à des journalistes : "il a vécu un traumatisme carcéral de plus de quatre ans, privé de sa famille, privé de ses amis, privé de tout le monde : la prison ce n'est pas un bel endroit".
"Il a été libéré, en principe il doit rentrer au pays mais nous n'avons pas encore abordé le sujet avec lui", a assuré M. Kilenda, soulignant que le domicile de M. Ngudjolo était Bunia, dans l'est du Congo.
M. Ngudjolo pourrait néanmoins rester encore un certain temps au centre de détention de la CPI, le temps que les dispositions pour sa libération soient prises, a indiqué à l'AFP le porte-parole de la Cour Fadi el-Abdallah.
"Il doit maintenant dire dans quel Etat il préfère être remis en liberté : soit dans un Etat qui l'accepte, soit dans son Etat d'origine, la RDC, qui a l'obligation de l'accepter", a-t-il précisé, soulignant que le greffe de la CPI était déjà en train de prendre contact avec plusieurs pays.
Selon Me Kilenda, des mesures de protection doivent néanmoins être prises, M. Ngudjolo Chui ayant mis en cause le gouvernement congolais dans l'attaque de Bogoro."Le risque peut venir de tout le monde au Congo", a-t-il soutenu.
"Le gouvernement (de RDC) ne peut que prendre acte d'une décision de justice.Nous n'avons pas à commenter dans un sens ou dans un autre", a réagi très sobrement Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, à Kinshasa.
C'est le premier acquittement prononcé par la Cour, qui n'avait à ce jour mené qu'un seul procès à terme, celui du chef de l'Union des patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, une milice ennemie de celle de Mathieu Ngudjolo Chui.M. Lubanga avait été condamné à 14 ans de prison.
Ancien dirigeant présumé du Front des nationalistes et intégrationnistes (FNI), une milice congolaise, Mathieu Ngudjolo était accusé d'avoir voulu "effacer totalement" la population du village de Bogoro, dans la région de l'Ituri.
Selon l'accusation, des combattants des ethnies Lendu et Ngiti du FNI, avec des hommes de la Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI), une autre milice, avaient attaqué le village, tuant plus de 200 personnes.
Au centre de Bogoro, village de l'ethnie Hema, se trouvait un camp de l'UPC, mais selon l'accusation, l'attaque visait également les civils.
Les assaillants avaient selon l'accusation "utilisé des enfants soldats et tué plus de 200 civils en quelques heures, ils ont violé des femmes, des filles et des femmes âgées".
Les juges ont soutenus qu'ils ne pouvaient "exclure que l'accusé ait été lors des faits l'un des commandants ayant occupé une place militaire importante" mais les preuves rassemblées par l'accusation, ont-ils ajouté, n'étaient pas en mesure de l'établir.
Le verdict de mardi "prive les victimes de Bogoro du sentiment de justice", a regretté devant l'AFP Géraldine Mattioli-Zeltner, du programme Justice Internationale de l'ONG Human Rights Watch.
Eric Witte, expert en droit international à l'ONG Open Society Justice Initiative, a assuré que cet acquittement envoyait "un signal inquiétant" sur la qualité des enquêtes menées par l'accusation.
Les affrontements inter-ethniques entre milices qui se disputaient les terres de cette région riche en ressources naturelles, dont l'or ou le pétrole, avaient débuté en 1999 et ont, selon l'accusation, "dévasté" la zone.Selon les ONG, ces violences ont fait plus de 60.000 morts.
Le procès de M. Ngudjolo s'était tenu en commun avec celui d'un chef de milice présumé des FRPI, son allié à Bogoro, mais les affaires avaient été disjointes en novembre et le jugement contre cet autre chef de milice sera rendu en 2013.
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