"Notre devise, c'est la patrie ou la mort.Nous vaincrons", crie un jeune du nord de Bangui.Il est un des des nombreux "patriotes" qui, à l'appel du président François Bozizé, élèvent dès la nuit tombée des barrages dans la capitale centrafricaine pour prévenir toute incursion rebelle.
Dans le 4e arrondissement, fief du président, situé sur la route du Nord occupé par la coalition rebelle du Séléka, ces patriotes âgés entre 20 et 40 ans et qui témoignent tous sous couvert de l'anonymat affirment travailler pour la patrie.
En quelques semaines d'offensive, les rebelles sont parvenus à 160 km de Bangui et ont menacé de prendre la capitale.Même si le front s'est stabilisé grace notamment à l'arrivée de renforts d'une force régionale et de soldats français, la ville reste sous tension.
"Dans le contexte actuel, c'est une cause nationale.La rébellion occupe toute la superficie du territoire.On ne peut pas demander à l'armée et la gendarmerie de sécuriser les quartiers", explique un jeune, à la musculature impressionnante, vêtu d'un maillot Michael Jordan.
L'après-midi, ce quartier très pauvre de maisons en terre rouge aux toits de tôle ou de paille semble mener une vie paisible.Mais sur les routes de terre, on aperçoit des pneus, des piquets et des grosses pierres pour les barrages de la nuit.
"On fait ca pour déceler les rebelles qui entrent par les collines", raconte un jeune.
"Il semble que les motos taxis font partie des pièces maîtresses de la circulation des munitions et des armes.Les motos taxis circulent librement sur les petites voies sans contrôle.Avec ces contrôles, nous sommes rassurés", dit l'un.
Selon un responsable de la sécurité, lors des prises des villes du nord d'où ils ont lancé leur offensive le 10 décembre, les rebelles ont infiltré des éléments par groupes de deux ou trois dans les agglomérations avant de passer à l'attaque.
Le principal opposant centrafricain, l'ancien Premier ministre Martin Ziguélé, condamne ce recours à des "forces supplétives" et estime "qu'on bascule dans le non-Etat".Un habitant du quartier juge aussi que ces barrages servent surtout à intimider les opposants.
"Vivre la peur au ventre"
Les méthodes de contrôle sont assez sommaires.
"On demande les papiers, on vérifie si la personne parle sango ou français.S'il ne les parle pas, c'est automatiquement un suspect et on l'emmène à la gendarmerie". Langue nationale, le sango n'est pas parlé par les populations du Nord, région à dominante musulmane d'où sont originaires la majorité des rebelles, et les habitants de Bangui les considèrent comme des étrangers .
Un habitant du quartier confie "vivre la peur au ventre".
Un autre assure qu'on a distribué des "machettes aux désoeuvrés" et que les jeunes rackettent et enlèvent de nombreux musulmans soupçonnés d'être complices des rebelles. Dans la nuit de lundi à mardi, un jeune musulman interpellé par ces milices a tenté de s'échapper et a été abattu par des militaires.
Les "patriotes" se défendent toutefois de traquer les musulmans.
"Il n'y a pas de chasse aux musulmans, ce sont les rebelles qui disent ça pour influencer la communauté internationale", répond l'un d'eux. "On fouille les caisses pour que des gens ne puissent pas rentrer avec des armes", explique un autre. "On en a attrapé un", se réjouit un "patriote"."C'était un cireur de chaussures.Dans son bac, il y avait des munitions".
Les jeunes "patriotes" font aussi des patrouilles de jour et de nuit dans les ruelles.
"Dans notre quartier, on nous a informés qu'un homme faisait partie du groupe rebelle dans la brousse.On a cassé et on a brûlé sa maison il y a quatre jours", raconte un des hommes du barrage. De nombreux témoignages affirment qu'aux barrages les jeunes sont armés de machettes et de "kokoras" (arcs et flèches en sango).Et leur coordination s'appelle justement Coalition citoyenne opposée aux rebelles armés: Cocora.
Les "patriotes" réfutent en bloc les accusations."On n'a pas d'armes, on n'est pas des militaires", assure l'un."Nous sommes unis et nous sommes nombreux.Notre force, c'est le groupe". Tous assurent que leur action est légale."On le fait à l'amiable, sans agressivité", dit l'un.Pour ces "bénévoles", dont beaucoup sont au chômage, "le prix (la récompense), c'est la paix".
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