Le nom même de la secte islamiste Boko Haram, dont l'insurrection fut écrasée dans le sang au prix de 800 mots au moins il y a an dans le nord du Nigeria, reste tabou.
Et les questions demeurent sur les raisons de son émergence et sur sa capacité actuelle à frapper à nouveau.
"C'est un crime de prononcer ces mots" avertit Ibrahim Abdu, responsable de la police à Borno (nord-est), refusant de répondre à des questions sur le groupe qui a menacé récemment de se venger.
Une mise en garde qui en dit long sur l'hostilité envers Boko Haram, un mouvement également surnommé "Taliban", se réclamant des talibans d'Afghanistan.
A l'approche du premier anniversaire, la sécurité a cependant été renforcée dans le fief de la secte à Maiduguri, ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants surveillée par des agents de renseignement et quadrillée par la police à des points de contrôles à la tombée de la nuit.
Son ancien QG qui abritait une mosquée et la maison de son chef spirituel Mohammed Yusuf, est en ruines après avoir été pilonné par l'armée qui avait écrasé le soulèvement (26-30 juillet 2009) sans faire de quartiers.
Mohammed Yusuf, capturé, avait été tué le 30 juillet par la police qui a affirmé qu'il avait tenté de s'échapper.
Selon des observateurs, la secte serait désormais en repli, dispersée, et actuellement incapable de mener de nouvelles attaques.
Pour Mohammed Gujbawu, professeur en Communication à l'Université de Maiduguri, les autorités sont largement responsables de l'existence d'un groupe comme Boko Haram, rallié par des jeunes sans emploi, "désenchantés" par leurs dirigeants dans un pays gangrené par la corruption.
"Je ne pense pas qu'il frapperont à nouveau dans un avenir proche.Mais il est temps, pour le gouvernement, de réfléchir et d'agir.Pas en les chassant et en les éliminant.En les éduquant, en les éclairant et en leur offrant du travail".
Un point de vue partagé par le professeur Kyari Mohammed, qui prépare un ouvrage sur la secte.
Les jeunes "ne se rendent pas compte qu'il est possible de pratiquer une démocratie à l'occidentale d'une manière différente de ce qu'ils voient", estime-t-il, en allusion aux abus des hommes politiques au Nigeria.
Les autorités de Borno réfutent ces explications et affirment que le groupe n'est pas en état de nuire.
"Nous pouvons assurer au peuple (...) et au monde en général, qu'une telle situation ne se répètera pas", déclare Isa Sanda Beneshiekh, Commissaire à l'Information de l'Etat de Borno.
Selon lui, le numéro deux de la secte, Abubakar Shekau, apparu récemment dans des messages vidéos, aurait été tué il y a un an.Mais la police estime qu'il s'agit de montages.
Un homme affirmant appartenir à Boko Haram, mais qui dit ne pas avoir pris part aux combats de 2009, affirme d'ailleurs que Shekau est bien le nouveau chef.
"Allah nous dicte d'être prêts et de rassembler des armes au cas où l'ennemi attaque (...) Est un ennemi quiconque n'aime pas Allah, oeuvre contre l'établissement d'un Etat islamique, est opposé au prophète", explique cet homme de 35 ans, témoignant sous couvert d'anonymat.
Dans les récents messages enregistrés attribués à Shekau, ce dernier affirme que le jihad, la guerre sainte islamique, "a tout juste démarré au Nigeria" et que le groupe va se venger.
Personne ne semble en mesure d'évaluer réellement les effectifs et les moyens actuels dont dispose la secte.
Selon le membre anonyme de Boko Haram, ses chefs ont quitté Maiduguri et les fidèles ne se fréquentent pas, par sécurité.
"Quand nous nous croisons nous nous saluons simplement.Aucun des membres restés ici ne sait ce qu'il se passe au niveau des chefs".
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