Inquiétudes sur une nouvelle génération de talibans nigérians

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MAIDUGURI (Nigeria) (AFP)

Elle a beau être grand-mère, les autorités qui recherchent les derniers membres des talibans du Nigeria après avoir écrasé leur insurrection il y a un an ont de quoi se faire du souci.

Cette femme de 48 ans, dont le fils fait partie des membres de la secte Boko Haram (s'inspirant des talibans d'Afghanistan) tués lors des combats, affirme qu'elle enseignera aux six enfants qu'il laisse derrière lui à suivre ses traces.

"Nous pouvons reculer, mais nous ne nous rendrons jamais", a-t-elle dit à l'AFP devant sa maison à Maiduguri (nord), épicentre du soulèvement.

"Il y a beaucoup d'enfants comme eux et nous allons leur apprendre comment leurs pères ont été abattus dans la fleur de l'âge par les forces de l'ordre nigérianes", a-t-elle ajouté, couverte d'un voile noir ne laissant voir que son visage.

Un an après que les autorités ont défait le soulèvement de la secte islamiste, qui voulait établir un "Etat islamiste pur", certains observateurs craignent que les enfants des membres de la secte viennent grossir les rangs du mouvement quand ils auront grandi.

Abubakar Tsav, ancien commissaire de police respecté à Lagos qui s'est installé dans le Nord, majoritairement musulman, affirme que cela pourrait conduire à un nouveau soulèvement de Boko Haram, l'autre nom de la secte ("l'éducation occidentale est un pêché" en langue haoussa).

"Le gouvernement semble avoir détruit Boko Haram, mais la véritable menace pourrait surgir dans des années, car la secte entend maintenant endoctriner les enfants de ses membres, surtout de ceux qui ont péri lors de l'insurrection de l'an dernier", a expliqué M. Tsav à l'AFP.

Les troupes ont écrasé le soulèvement après quatre jours de combats qui ont fait plus de 800 morts.Le dirigeant de la secte Mohammed Yusuf a été tué le 30 juillet dernier par la police, qui affirme qu'il tentait de s'échapper quelques heures après avoir été capturé.

A l'approche de la date anniversaire de l'insurrection, la tension était palpable ces jours derniers à Maiduguri, après des rumeurs concernant un nouveau soulèvement.Des forces de police renforcées par les Etats voisins ainsi que les services de renseignement ont été déployés.

Aucun incident n'a été recensé pour l'instant et l'appréhension au sein de la population semble s'être dissipée.

Mais une nouvelle génération de combattants pourrait voir le jour.

"Nous avons peur que le vrai problème ne se pose pas maintenant, mais dans les années à venir, quand les enfants des membres de Boko Haram auront grandi", a indiqué Shehu Sani, du Civil Rights Congress, un groupe de défense des droits de l'homme installé dans la ville de Kaduna (nord).

M. Sani est persuadé que la secte n'a pas été totalement éliminée, de nombreux membres étant entrés dans la clandestinité, "faisant de Boko Haram une affaire non terminée".

"On peut imaginer ce que ces enfants vont devenir, eux qui ont été formés uniquement à haïr, combattre et tuer au nom de la religion depuis leur plus jeune âge", a-t-il dit.

Selon lui, si le gouvernement ne parvient pas à intégrer les enfants de Boko Haram dans la société, ils vont "certainement reprendre là où leurs parents ont été arrêtés et poursuivre l'insurrection avec plus de vigueur, de férocité et de dévotion".

Le gouvernement de l'Etat de Borno, où se situe Maiduguri, a déclaré la secte illégale.

"Malgré les risques, nous sommes résolus à poursuivre notre lutte et nos enfants suivent nos traces en apprenant à devenir des moudjahidine (combattants de l'Islam)", a expliqué à l'AFP Yerima Faltaye, 32 ans, vendeur de parfum et membre de la secte.

Le nord du Nigeria, notamment la ville de Jos, a aussi été marqué ces dernières années par des massacres entre musulmans et chrétiens.

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