L'Afrique du Sud a déroulé le tapis rouge mardi pour le président nigérian Goodluck Jonathan, s'employant à gommer l'atmosphère chargée de soupçons et de rivalités entre les deux géants économiques africains, décidés à coopérer davantage pour "rendre l'Afrique formidable".
Lors d'une cérémonie au Cap, le président sud-africain Jacob Zuma n'a eu de cesse d'appeler M. Jonathan "mon frère", le président nigérian lui rendant la pareille et insistant sur la nécessité pour les deux pays "de s'unir et de travailler ensemble pour aider le continent africain".
"Que ça nous plaise ou non, si nous refusons de coopérer, on considérera cela comme notre échec", a souligné M. Jonathan.C'était le premier déplacement d'un président nigérian depuis 2009, visite d'Etat qualifiée d'"historique" par M. Zuma qui était allé personnellement à Abuja pour la préparer il y un mois.
"(...) Le monde attend de l'Afrique du Sud et du Nigeria une coopération maximum, et c'est ce que nous faisons", a ajouté M. Jonathan."Ma présence ici signale l'esprit de renouveau de notre partenariat.Ensemble, nous allons rendre l'Afrique formidable", a-t-il ajouté lors d'un discours aux députés sud-africains."Plus que jamais, nous les Africains, nous devons prendre notre destin en main et en faire une réussite", a-t-il lancé.
M. Zuma a profité de cette visite pour rappeler la nécessité selon lui de renforcer l'Union africaine en la dotant d'une brigade d'intervention rapide."Le besoin d'une brigade d'intervention est plus cruciale encore au vu de l'instabilité en République centrafricaine, dans l'est de la République démocratique du Congo et au Mali, où une intervention décisive est nécessaire", a-t-il déclaré.
Importantes sur le plan économique, les relations entre le Nigeria et l'Afrique du Sud sont dominées depuis la fin de l'apartheid par une sourde lutte d'influence, liée notamment à leur rivalité pour obtenir un siège à l'ONU et aux prétentions diplomatiques de l'Afrique du Sud en Afrique centrale et de l'ouest qui gênent le Nigeria.
Neuf accords commerciaux signés
Les Nigérians, poursuivis par la réputation de pays champion de la contrefaçon, se plaignent aussi des tracasseries administratives récurrentes et ressenties comme xénophobes lorsqu'ils veulent voyager en Afrique du Sud
L'an dernier, on a frôlé l'incident diplomatique lorsque des passagers nigérians ont été refoulés à l'aéroport de Johannesburg, soupçonnés d'avoir de faux carnets de vaccination.
Plus loin dans le passé, sous la présidence de Nelson Mandela, l'Afrique du Sud avait été clouée au pilori à Abuja pour avoir appelé au boycott du pétrole nigérian après l'exécution de Ken Saro-Wiwa et de huit autres opposants ogonis en 1995.
Les temps ont changé.Le commerce entre les deux pays a été multiplié par cinq depuis 2002, atteignant 3 milliards d'euros environ en 2012, la balance pesant largement en faveur du Nigeria en raison du pétrole.
Et le pétrole nigérian n'a jamais été aussi essentiel qu'aujourd'hui pour l'Afrique du Sud, dépourvue de gisement et sous pression américaine depuis 2012 pour trouver une alternative au brut iranien.
L'immense marché intérieur nigérian (environ 163 millions d'habitants) est également un enjeu crucial pour les grandes entreprises sud-africaines, comme la Standard Bank ou MTN, premier opérateur de téléphonie mobile au Nigeria avec plus de 45 millions d'abonnés.
Mardi, neuf nouveaux accords économiques bilatéraux ont été signés, notamment dans le domaine du pétrole, du gaz,de l'électricité, de la défense et des communications, tandis que M. Jonathan devait s'entretenir en tête-à-tête avec le patron de MTN, et des représentants de Nissan et Toyota.
L'Afrique du Sud reste la première puissance économique du continent par le calcul de son PIB.
Mais elle a fort à faire pour maintenir son rang, talonnée par le Nigeria qui jouit, outre de ses ressources pétrolières, du dynamisme de ses entrepreneurs.La croissance y est rapide: 7,2% prévu cette année, plus du double de celle de l'Afrique du Sud (2,7% prévu en 2013) qui a tout à gagner d'une normalisation de ses relations politiques avec le Nigeria, faisait observer mardi le quotidien économique national Business Day dans son éditorial.
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