Nigeria: la police emploie la torture pour extorquer de l'argent

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LAGOS (AFP)

La corruption dans la police du Nigeria conduit des officiers à arrêter fréquemment des innocents pour leur extorquer de l'argent, parfois les torturer, et même les tuer, affirme un rapport de l'ONG Human Rights Watch (HRW) publié mardi.

Selon l'organisation américaine de défense des droits de l'homme basée à Washington, la corruption et le racket sont des pratiques profondément répandues et institutionnalisées parmi les forces de police du pays le plus peuplé du continent africain.

L'ONG révèle l'existence d'affaires impliquant des personnes arrêtées, voire tuées au cours de leur garde à vue, faute d'avoir versé de l'argent à la police.Selon elle, les subalternes sont obligés de mettre la main à la poche pour payer leurs supérieurs et grimper dans la hiérarchie.

Selon HRW, ce système est si pervers que des victimes peuvent devenir des suspects, pour peu que les présumés agresseurs aient de l'argent et de l'influence.

"Les membres de la police sont davantage vus comme des prédateurs que comme des protecteurs, et la police nigériane est devenue le symbole d'une corruption sans retenue, d'abus et de mauvaise gestion", explique le rapport.

HRW cite l'exemple en témoignage d'un père de famille, affirmant que son fils de 16 ans a été torturé par la police et menacé de mort, faute d'argent versé."Mon fils m'a raconté qu'ils (la police) lui avaient mis un bâton entre les bras et les jambes, avant de le suspendre", explique le père.

Autre exemple, deux mini-bus de passagers avaient été visés en 2007 par les tirs d'un officier de police parce qu'un des chauffeurs avait refusé de s'acquitter d'un pot-de-vin de 20 naira (0,13 dollar).

Dans le rapport, un sergent de police justifie ces malversations par le manque de moyens dont serait victime la police nigériane: "Nous n'avons pas de stylos, les formulaires de plaintes, nous les achetons; les bons de libération sous caution, aussi.Le fuel, c'est nous.Quant aux bonus pour Noël ou Ramadan, tu peux les oublier".

Le rapport s'intéresse également aux écarts considérables dans les équipements entre les postes de police délabrés et les bureaux de haut standing des gradés.

L'organisation a réalisé des interviews avec plus de 145 victimes et témoins d'actes de corruption de la police.

Réagissant au contenu du rapport, le porte-parole de la police fédérale du Nigeria, Emmanuel Ojukwu, a dénoncé "des insinuations largement enjolivées visant à produire des conclusions hâtives".

"Les forces de la police nigériane ont parcouru un long chemin depuis l'ère coloniale d'oppression et ont survécu à des années d'abandon et de sous-investissement", a-t-il ajouté.

Human Rights Watch a appelé le Nigeria à ouvrir une enquête indépendante et à mettre en cause la responsabilité des officiers.

"La corruption est protégée par l'impunité", a souligné Okechukwu Nwanguma, du Réseau pour la réforme de la police, une ONG qui a contribué au rapport.

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