Un an après la libération controversée d'Abdelbaset al-Megrahi pour raisons médicales, la Libye maintient le secret sur l'état de santé de cet ex-agent des renseignements condamné pour l'attentat de Lockerbie qui avait mis Tripoli au ban de la communauté internationale.
Megrahi, 58 ans, avait été condamné pour son implication dans l'explosion d'un Boeing de la Pan Am en 1988 au-dessus du village écossais de Lockerbie (270 morts).
Atteint d'un cancer de la prostate, le Libyen qui clame son innocence, a été relâché le 20 août 2009 par le gouvernement écossais après que ses médecins aient indiqué qu'il n'aurait plus que trois mois à vivre.
Le fait qu'il soit encore en vie, un an après, suscite un tollé en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis d'où étaient originaires la plupart des victimes de l'attentat.
La Libye maintient un black-out sur la santé de Megrahi dont la dernière apparition publique remonte à septembre 2009.Le seul bulletin médical a été rendu public en décembre 2009.Les médecins avaient alors estimé que sa maladie s'était aggravée et souligné qu'il était toujours sous chimiothérapie.
Depuis, aucune information officielle sur sa maladie n'a filtré et les médias locaux gardent le silence, les autorités affirmant "vouloir le laisser en paix".
En mai dernier, Seif al-Islam, fils du numéro un libyen Mouammar Kadhafi et acteur clé dans les négociations ayant conduit à la libération de Megrahi, avait seulement indiqué qu'il était toujours "très malade" et souffrait "d'un cancer à un stade très avancé".
Selon son entourage, Megrahi vit retranché avec sa famille dans sa villa du quartier chic de Damas à Tripoli, entourée d'un dispositif de sécurité permanent.
"Il ne sort que pour aller à l'hôpital ou rendre visite à sa mère", indique à l'AFP un de ses proches, qualifiant son état de santé de "stable".
Pour Tripoli, "le dossier de Megrahi et de Lockerbie a été classé.La Libye ne veut pas rester prisonnière du passé.C'est une étape dépassée", estime Youssef Khatali, médecin et analyste politique.
Pour lui, "aucun médecin au monde ne peut donner des pronostics précis sur le décès d'un patient".
Ex-paria de la communauté internationale, la Libye, accusée de terrorisme dans les années 1980, avait rejoint le concert des nations après sa décision en 2003 de renoncer aux armes de destruction massive et en 2007 d'accepter d'indemniser les familles des victimes de Lockerbie.
La libération de Megrahi a ensuite marqué un tournant historique dans les relations de la Grande-Bretagne avec la Libye qui possède d'importantes réserves d'or noir et de gaz.
"Pourquoi cette hâte de le voir mourir?C'est totalement inhumain", déplore de son côté Samira Ali, enseignante à la faculté de sciences politiques de Tripoli.
Pour elle, la polémique qui a éclaté en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis sur sa libération "est une tentative de porter de nouveau atteinte à l'image de la Libye".
M. Khatali parle "de règlements de compte internes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne liés au (groupe pétrolier britannique) BP après la marée noire" provoquée par l'explosion d'une plate-forme de BP dans le Golfe du Mexique.
BP est soupçonné d'avoir exercé des pressions sur Londres en vue d'obtenir la libération de Megrahi en contrepartie d'un contrat d'exploration pétrolier en Libye pour 900 millions de dollars signé en 2007.
Le jour de sa libération, Seif al-Islam avait évoqué un marché avec Londres.
Mais plus récemment, le chef de la compagnie nationale du pétrole, Chokri Ghanem, a démenti l'existence d'un tel marché."BP est une grande compagnie qui n'a pas besoin de l'interférence de la politique.Nous avons signé avec cette compagnie un des meilleurs accords jamais conclu par la Libye".
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