Le professeur Alpha Condé, un candidat « Malinké » malgré lui

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Les Guinéens ont été pris au dépourvu à l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 27 juin qui mettaient respectivement Cellou Dalein Diallo candidat de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) à 43.69% des voix et le professeur Alpha Condé candidat du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) à 18, 25% des voix. La rivalité entre Malinkés et Peulhs a certes existé en Guinée mais ceci ne suffit pas à faire d'Alpha Condé un candidat « Malinké ».Le professeur Alpha Condé est un opposant de longue date qui a survécu à tous les régimes que la Guinée a connu jusque là. Il s'est successivement opposé à Ahmad Sékou Touré, le président du « Non » à la communauté française d'Afrique de De Gaulle, puis au général Lansana Konté qui a accédé au pouvoir par un coup d'Etat. Jusqu'là, il n'avait jamais été taxé de candidat de la communauté malinké. Le vote communautariste en Guinée : langage fourre-tout Contrairement aux Peulhs, habituellement taxés de « communautarisme », avec la facilité de s'unir autour d'un candidat gagnant, les Malinkés n'ont pas pris le temps de mûrir l'après Dadis Camara pour faire de même (réussir un vote utile). Il faut tout de même reconnaître que chaque candidat a réussi avec plus ou moins de succès, dans la communauté ethnique à laquelle il appartient. Sidya Touré, arrivé en troisième position avec 13, 62 % des voix, en a fait les frais. Les Guinéens, sans distinction d'ethnie reconnaissent pourtant que c'est le seul candidat qui a déjà fait ses preuves en tant que premier ministre de la Guinée. Mais ils ne l'ont pas choisi pour diriger le pays ; peut-être ne le trouvent-ils pas assez « communautariste ». La plupart des média africains réduisent le Pr Alpha Condé au rang de candidat « Malinké »Condamné à mort par contumace par le président Ahmad Sékou Touré, Alpha Condé s'était exilé comme beaucoup d'intellectuels de son pays. Il regagna la Guinée à partir du 17 mai 1991. Avec d'autres opposants comme Mamadou Bhoye Bah, Mansour Kaba, Jean- Marie Doré, Siradiou Diallo, ils imposèrent le multipartisme intégral en Guinée. En 1993, il affronta Lansana Conté à l'élection présidentielle. Ce dernier remporta les élections. D'après l'opposition, c'était le fait d'une victoire frauduleuse. Mais il refusa de plonger son pays dans la guerre civile en demandant à ses partisans d'économiser leur énergie pour les prochaines élections. En 1998, il se représenta à nouveau contre Lansana Conté. Il fut kidnappé et emprisonné sans procès, avant la fin du scrutin. La communauté internationale (Amnesty international, Tiken Jah Fakoly (chanteur ivoirien), Madeleine Albright (ancienne secrétaire d'Etat américaine) Jacques Chirac (ancien chef d'Etat français)�?� s'impliqua dans cette affaire pour le libérer. Il fut jugé en 2000 et condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l'autorité de l'Etat et à l'intégrité du territoire national ». Ce procès fortement fustigé par la presse africaine et la communauté internationale a abouti à la sa libération par grâce présidentielle.Le professeur Alpha Condé est un opposant historique de la Guinée Conakry. Le réduire à un candidat « Malinké » pour l'opposer à Cellou Dalein Diallo le candidat Peulh, c'est nier une partie importante de l'histoire de la Guinée. La Guinée entre peur du népotisme Peulh et un opposant au pouvoirLes Guinéens sont dans un dilemme. Ils doivent choisir entre un candidat de la communauté Peulhe considérée comme ethnocentrique et un opposant au pouvoir. Pour le dernier cas, le Sénégal voisin en a fait les frais. L'opposant historique Maître Abdoulaye Wade, une fois au pouvoir, fait payer aux Sénégalais la patience de sa jeunesse, sa longévité dans l'opposition. Puisqu'il est fin politicien (fait qu'il surestime d'ailleurs), il prend le Sénégal pour son terrain de jeu et le Palais présidentiel pour sa maison de retraite. Au lieu de terminer en beauté (sage) comme c'est le cas pour Nelson Mandela, il finira par ressembler ou être pire que ceux qu'il a combattus.Le candidat Alpha Condé, avec un itinéraire à peu près similaire à celui du président Abdoulaye Wade (opposé à tous les régimes que le Sénégal a connu avant le sien, fait prisonnier, exil choisi, en France), peut faire peur aux Guinéens même s'il a l'avantage de n'avoir pas cautionné les régimes précédents.Dans tous les cas, c'est aux Guinéens de choisir le candidat qui incarnera le mieux, l'avantage qu'ils ont sur la plupart de pays africains grâce au fameux « Non » à la servitude volontaire de Ahmad Sékou Touré et faire prospérer tous les Guinéens. La Guinée est un des rares pays de l'Afrique francophone qui n'a pas été étouffé par l'ingérence coloniale. Par Aïda Sakho

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