Les partisans du président égyptien islamiste déchu Mohamed Morsi ont défié vendredi les militaires et la police en refusant de quitter deux places occupées depuis un mois et en appelant à de nouvelles manifestations devant des QG des forces de l'ordre.
La police a tiré des gaz lacrymogène et chargé les manifestants pro-Morsi devant un complexe abritant des médias égyptiens, que les islamistes accusent de complaisance à l'égard du pouvoir de transition dominé par l'armée, alors que des émissaires occidentaux tentent d'ultimes médiations pour éviter un bain de sang.
Les manifestants réclament le retour de M. Morsi, premier président égyptien démocratiquement élu, destitué et arrêté par les militaires le 3 juillet à la suite de gigantesques manifestations populaires réclamant son départ.
Jeudi, une déclaration du secrétaire d'�?tat américain John Kerry, avait alimenté la tension et provoqué la colère des Frères musulmans, dont M.Morsi est issu.
M. Kerry a en effet estimé que les militaires avaient en fait "rétabli la démocratie" en déposant M. Morsi à la demande de "millions et de millions" de manifestants.
Hagel pourrait-il "destituer Obama" ?
L'opposition reprochait aux Frères musulmans d'accaparer tous les pouvoirs et de ruiner une économie déjà exsangue.
"L'armée n'a pas pris le pouvoir, d'après ce que nous pouvons en juger, jusqu'à présent.Pour conduire le pays, il y a un gouvernement civil.En fait, elle rétablissait la démocratie", a jugé M. Kerry.
Il y a un mois, le commandant en chef de l'armée, ministre de la Défense et nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé la destitution de M. Morsi, premier président démocratiquement élu du pays détenu au secret depuis.
Vendredi, M. Kerry a de nouveau plaidé pour "un retour à la normale" en Egypte.
"Le secrétaire d'�?tat Kerry accepterait-il que le secrétaire (américain) à la Défense Hagel destitue Obama si d'importantes manifestations avaient lieu en Amérique ?", a rétorqué vendredi Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans."Nous n'attendons rien des �?tats-Unis (...), complices du coup d'�?tat militaire".
Dans le même temps, les Frères musulmans avaient appelé leurs partisans à venir grossir "pacifiquement" les rangs des deux sit-in sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda du Caire, qu'ils occupent depuis un mois.Les autorités martèlent depuis deux jours qu'elles s'apprêtent à les en déloger de force.
"A bas Sissi, Morsi est notre président", scandaient les manifestants en ville, en référence au général que tout le monde désigne comme le véritable homme fort et déjà adulé par une grande partie des Egyptiens et de la presse du pays.Ses portraits ornés de slogans flatteurs fleurissent partout dans les rues et dans les journaux.
Le nouveau pouvoir les accuse d'être des "terroristes" et de "menacer la sécurité nationale"."Je suis un musulman, pas un terroriste !", chantaient les manifestants vendredi.
"Situation explosive"
En annonçant leur dispersion imminente, les autorités s'appuient sur le mécontentement d'une très grande partie du peuple égyptien à l'égard du gouvernement de M. Morsi, relayé par la presse dressée de manière quasi-unanime contre les occupants des places Rabaa et Nahda.
Mais cette impatience à disperser les manifestants est tempérée par le ballet diplomatique dont Le Caire est le théâtre depuis des jours, la communauté internationale, Union européenne en tête, pressant à la fois les autorités à faire preuve de retenue et les Frères musulmans à évacuer les places.
Selon des observateurs, ces tentatives ont toutefois été vaines jusqu'à présent.
L'un de ces médiateurs européens, le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a jugé jeudi soir que la situation était "explosive" en Egypte.
L'émissaire de l'Union européenne Bernardino Leon, arrivé jeudi, a poursuivi péniblement ses efforts de médiation vendredi.Et Le Caire a annoncé la visite-surprise dans la soirée du secrétaire d'Etat adjoint américain William Burns.
La communauté internationale redoute un bain de sang: plus de 250 personnes ont déjà été tuées en un mois, essentiellement des manifestants pro-Morsi lors d'affrontements avec les forces de l'ordre ou avec des opposants au président déchu.
Et vendredi soir, après la rupture du jeûne du Ramadan, les pro-Morsi ont franchi une nouvelle étape en appelant à un troisième sit-in sur une place de la capitale et à marcher sur deux QG de l'armée et un de la police.
"L'Alliance contre le coup d'Etat" a appelé dans un communiqué à se rassembler en particulier devant le QG de la Garde Républicaine, théâtre d'affrontements qui ont fait 57 morts le 8 juillet, dont 54 manifestants.
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