Le trafic de drogue, fléau du Ghana, le bon élève d'Afrique de l'Ouest

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Accra (AFP)

Les autorités du Ghana ont décidé de s'attaquer au trafic de drogue, fléau de ce pays considéré comme le bon élève de l'Afrique de l'Ouest mais devenu une plaque tournante internationale.

"Jusqu'à présent, les gouvernements  ghanéens successifs et la société ghanéenne dans son ensemble avaient sous-estimé l'impact d'un tel trafic", estime Stephen Ellis, professeur d'histoire de l'Afrique à l'Université libre d'Amsterdam.

Le problème n'est pas nouveau dans la région. En Guinée-Bissau, des trafiquants ont été accusés d'avoir infiltré le gouvernement et l'armée.Au Mali, les groupes liés à Al-Qaïda sont soupçonnés d'avoir financé leurs opérations grâce à l'argent de la drogue.

Mais le Ghana est considéré comme une étoile montante du continent.Les six scrutins présidentiels qui s'y sont déroulés avec succès depuis 1992 en font un exemple de stabilité politique.Et sa production d'or, de cacao, son industrie pétrolière naissante en font la deuxième économie de la région.

L'arrestation d'un des patrons de la sécurité de l'aéroport international d'Accra, au cours d'une opération menée par l'agence fédérale américaine de lutte contre le trafic de drogue (DEA), a permis de mieux cerner les méthodes des trafiquants.

Solomon Adelaquaye, à la tête d'une société privée chargée de la sécurité de l'aéroport Kotoka, est accusé d'avoir comploté avec deux Nigérians et un Colombien pour placer de la cocaïne et de l'héroïne à bord de vols internationaux. 

Il s'est compromis en février 2012 en faisant passer un ordinateur rempli d'héroïne à l'aéroport en échange de 10.000 dollars proposés par des agents de la DEA.

M. Adelaquaye et ses comparses ont été arrêtés en mai aux Etats-Unis alors qu'ils s'apprêtaient à faire entrer à Accra trois tonnes de cocaïne dont on ignore la provenance.

 

Un pays proche des marchés

 

Cette affaire ne montre qu'une partie d'un trafic qui s'est mis en place ces dernières années au Ghana, selon l'office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Entre 2003 et 2008, 2.418 kilos de cocaïne et 61.958 kilos de marijuana ont été saisis au Ghana, rapporte l'ONUDC.Entre 2007 et 2008, la saisie de cocaïne a grimpé de 283 kilos à 841 kilos.

Ces chiffres illustrent "à la fois une intensification du rôle du Ghana en tant que plaque tournante et une meilleure application de la loi", qui a permis d'augmenter les quantités saisies, relève Bernard Henebeng Asamoah, coordinateur de l'ONUDC pour le Ghana.

Les volumes saisis ont cependant baissé en 2011: 25 kilos de cocaïne et 153 kilos de marijuana seulement, selon l'ONUDC.

A l'aéroport londonien d'Heathrow, de la cocaïne provenant du Ghana a été retrouvée dans des bananes plantain ou dans l'estomac de passeurs morts quand les sachets de poudre qu'ils avaient ingérés se sont déchirés.

Si les trafiquants aiment passer par le Ghana, c'est pour les mêmes raisons que beaucoup d'entrepreneurs, estime Kwesi Aning, directeur de recherche au Centre international Kofi Annan pour le maintien de la paix: c'est un endroit où il est facile de faire des affaires.

Les routes y sont plutôt en bon état et il y a peu de banditisme comparé à d'autres pays ouest-africains.

"Les barons de la drogue aiment de moins en moins la Guinée-Bissau parce que c'est instable", explique M. Aning.

En outre,  l'Afrique de l'Ouest est relativement proche des marchés européens et asiatiques, relève Solomon Eyo, du Comité ghanéen de contrôle des narcotiques.

L'ancien président John Atta Mills, décédé l'année dernière, avait qualifié l'aéroport d'Accra de corridor de la drogue, selon des télégrammes de l'ambassade américaine au Ghana. 

Il avait souhaité renforcer la sécurité pour l'accès au lounge VIP, redoutant que  des membres de son entourage y fassent passer de la drogue.Il avait aussi montré l'exemple en se soumettant aux contrôles anti-drogue quand il quittait le pays.

Sous la présidence de John Kufuor (2000 -2008),  les télégrammes évoquaient des suspicions de corruption  au sein des services de sécurité.

"Les problèmes rencontrés dans les aéroports et dans les ports montrent à quel point les services de sécurité sont infiltrés", estime M. Aning.

Les choses avancent cependant, selon M. Asamoah de l'ONUDC:  l'agence ghanéenne de sécurité a lancé ce mois-ci un programme de coordination en vue d'une meilleure efficacité à l'aéroport. 

Le pays estime avoir besoin de 25 millions de dollars pour mettre en place un programme complet comprenant des chiens renifleurs et le recours à des experts étrangers.Pour l'instant les donateurs n'ont promis que 154.000 dollars.

 

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