Le Soudan ferme sur le prix des carburants malgré les protestations

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Khartoum (AFP)

Le gouvernement soudanais a assuré dimanche qu'il ne reviendrait pas sur sa décision d'augmenter les prix des carburants, dans sa première réaction à la contestation, faisant craindre une nouvelle escalade dans un pays miné par des rébellions et crises.

"Non, ce n'est pas possible du tout", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Information Ahmed Bilal Osmane, interrogé par téléphone sur la possibilité de rétablir les subventions sur le carburant, comme réclamé par des milliers de manifestants, mais aussi par des dignitaires politiques et religieux.

Il s'agit de la première réaction officielle au mouvement de contestation sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir en 1989 du général Omar el-Béchir, déclenché lundi par la décision du gouvernement de cesser les subventions.Cela a entraîné le quasi-doublement du prix des carburants.

Au moins 33 personnes, la plupart des civils tués par la police selon des témoins, ont péri lors des protestations qui ont parfois pris une tournure violente avec des attaques contre des biens publics et privés.

Dimanche, aucune manifestation n'était rapportée en fin de matinée, mais un correspondant de l'AFP a vu les forces anti-émeutes déployées en force à Omdourman, ville jumelle de Khartoum.

Des dignitaires islamistes conservateurs et des cadres réformateurs au Parti du congrès national (PCN) de M. Béchir ont appelé le gouvernement à revenir sur sa décision.

Trente et un réformateurs du PCN se sont dits opposés à la répression dans une lettre à M. Béchir. 

Les dignitaires islamistes, qui ne font pas partie d'un groupe officiel, ont de leur côté appelé dans un communiqué à des mesures ne touchant pas la population, déjà affectée par des années d'inflation.

Ils ont appelé le gouvernement à "se tourner à nouveau vers Dieu et être juste envers le peuple soudanais", et demandé aux forces de l'ordre "de cesser de tuer leurs frères musulmans".

Selon des organisations de défense des droits de l'Homme, 50 personnes ont été tuées par les balles des forces de l'ordre en deux jours, la plupart à Khartoum et dans sa périphérie.

Médias censurés

M. Bilal a expliqué que la police avait dû intervenir car les foules étaient devenues violentes."Les protestataires ont attaqué des stations-services et en ont brûlé 21".

"Le gouvernement savait qu'il y aurait des émeutes" en réaction à la hausse des prix du carburant, a-t-il dit, tout en soulignant que la réduction des subventions permettrait à l'Etat d'économiser des milliards de dollars.

"Notre économie ne peut pas se permettre un tel mécanisme de soutien", a-t-il souligné."Nous savons que c'est difficile pour la population".

Le Soudan, qui a perdu des milliards de dollars de revenus pétroliers depuis la partition et l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, est frappé par une inflation galopante et peine à financer ses importations.

Samedi, des milliers de manifestants ont accusé M. Béchir d'être un "assassin", lors d'un rassemblement au nord de la capitale, avant d'être dispersés à coups de gaz lacrymogène, comme les protestations des jours précédents.

Selon les autorités, 600 personnes ont été arrêtées pour "participation à des actes de vandalisme", et elles seront jugées la semaine prochaine.

Selon Magdi El Gizouli, expert au Rift Valley Institute, le mouvement actuel est très différent de celui de juin 2012, qui avait aussi vu des manifestations sporadiques alors menées par les étudiants et l'opposition.

"C'est maintenant une révolte des quartiers", selon lui."Ce sont des manifestations de sans-voix" qui n'ont pas de perspectives dans un pays plongé dans le marasme économique.

Après la saisie par les autorités de journaux et la fermeture des bureaux des chaînes Al-Arabiya et Sky News Arabiya à Khartoum, le Réseau des journalistes soudanais, une organisation non officielle, a annoncé l'arrêt de travail de ses membres en raison des tentatives du pouvoir de les empêcher de couvrir la contestation.

Le plus populaire des journaux soudanais, al-Intibaha, qui a critiqué les mesures d'austérité du gouvernement, a été interdit de parution jusqu'à nouvel ordre, selon son directeur, Al-Tayeb Moustafa, qui n'est autre que l'oncle de M. Béchir.

Outre cette contestation, le président soudanais, recherché par la Cour pénale internationale pour génocide et crimes de guerre au Darfour, fait face à des rébellions dans les régions frontalières et à une recrudescence des violences au Darfour, essentiellement entre tribus arabes.

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