Après les émeutes, le gouvernement mozambicain gèle le prix du pain

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MAPUTO (AFP)

Le gouvernement mozambicain a effectué un virage à 180 degrés mardi, renonçant à certaines augmentations des prix du pain, de l'eau et de l'électricité, pourtant jugées "irréversibles" la semaine dernière pendant les émeutes meurtrières contre la vie chère.

Lors d'une réunion de crise, le Conseil des ministres a décidé de "maintenir le prix du pain à son niveau précédent grâce à une subvention", selon un communiqué final lu par le ministre du Plan, Aiuba Cuereneia.

L'annonce d'une hausse de 17 à 33% du prix du pain (selon le poids de la miche) avait enflammé les quartiers pauvres de Maputo mercredi avant de se répandre à d'autres grandes villes de cette ancienne colonie portugaise.

Des manifestations spontanées, organisées par textos, avaient tourné à l'émeute quand la police avait ouvert le feu à balles réelles sur la foule.Les trois jours d'affrontements se sont soldés par la mort de 13 personnes et 403 blessés.

Au plus fort de la crise, le gouvernement s'était déjà réuni en conseil extraordinaire mais avait alors jugé l'augmentation du prix du pain "irréversible", tout comme les hausses récentes des tarifs de l'eau et de l'électricité.

Ces déclarations avaient suscité une nouvelle vague de SMS très virulents envers le président Armando Guebuza et la poursuite des émeutes jusqu'à un relatif retour au calme ce week-end.

Mardi, le gouvernement a changé de cap.Outre le gel du prix du pain, il a décidé d'annuler une partie des augmentations récentes des prix de l'eau et de l'électricité, particulièrement douloureuses pour les 65% de la population vivant sous le seuil de pauvreté.

Les ministres se sont également engagés à "diminuer les dépenses publiques pour dégager des fonds et subventionner les prix des produits de base", selon leur communiqué.

Autre geste d'apaisement: ils ont gelé jusqu'à la fin de l'année les salaires des hauts fonctionnaires et des directeurs de compagnies publiques, dont les déplacements en avion devront être réduits.

Interrogé par la presse, le ministre du Plan a également promis une enquête sur la réaction des forces de l'ordre."A chaque fois qu'il y a le sentiment que la police a fait un usage excessif de la force, le gouvernement a mené l'enquête appropriée", a-t-il assuré.

La police a jusqu'à présent refusé de commenter l'usage de balles réelles, se contentant d'évoquer les violences des manifestants.Mardi, elle a notamment annoncé l'arrestation de 286 personnes pendant les trois jours d'émeutes.

Soixante-six magasins ont été pillés et trois banques vandalisées dans ces violences, a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Le président Guebuza, un millionnaire souvent présenté comme l'homme le plus riche du pays, a remporté plus de trois quarts des suffrages lors des élections de l'an dernier face à une opposition divisée.

Depuis, les prix ont flambé, notamment en raison de la dépréciation de la devise nationale, le metical, par rapport au rand sud-africain dans un pays très dépendant des importations en provenance de son voisin.

"La légitimité politique ne vient pas seulement des élections, elle se construit avec des résultats", a estimé Martyn Davies, économiste pour le cabinet de conseil Frontier Advisory.

"La stabilité politique dépend de la sécurité alimentaire", a-t-il dit.Le revirement du gouvernement mozambicain prouve, selon lui, que les autorités ont pris conscience de cette réalité.

Mais la stabilisation des prix ne suffira peut-être pas à reconquérir le coeur des Mozambicains."Cela ne sert à rien.Ce qu'il nous faut c'est du travail", lançait mardi Nortencia Manica, une vendeuse de rue de 33 ans, à l'annonce de cette décision.

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