Le très attendu procès des ex-dirigeants de la filière cacao en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, incarcérés depuis deux ans à Abidjan pour de présumées malversations massives, a été renvoyé mercredi au 16 novembre, après le scrutin présidentiel prévu fin octobre.
Attendu depuis l'ouverture en 2007 d'une enquête ordonnée par le président Laurent Gbagbo, "le procès est renvoyé au 16 novembre", a déclaré le juge Alain Pohan à l'ouverture des audiences au tribunal correctionnel du Plateau, quartier administratif de la capitale économique ivoirienne.
Le président du tribunal a invoqué la nécessité de mettre le dossier à la disposition des avocats, en vue d'"un procès équitable".Il a avancé également un problème de disponibilité de salle au tribunal dans les prochaines semaines.
Cette décision-surprise a provoqué des murmures à l'intérieur et devant l'entrée de la salle d'audience où avaient pris place de nombreux journalistes et des proches des 25 prévenus présents.Un important dispositif de sécurité avait été installé aux abords.
Le bâtonnier, Me Mamadou Koné, avait demandé au nom des avocats un simple report de trois semaines du procès, expliquant que ses confrères et lui n'avaient "pas reçu à temps tous les dossiers" de leurs clients.
Cet ajournement de plus de deux mois a suscité la colère de la défense.
Un délai de trois semaines était "suffisant", a affirmé à l'AFP Me Luc Adjé, balayant les arguments du juge et dénonçant le maintien en détention provisoire des accusés.
Il a souligné que le procès a été renvoyé à une date postérieure à celle de la présidentielle, désormais attendue le 31 octobre après de multiples reports depuis 2005.Le scrutin est destiné à sortir la Côte d'Ivoire de la grave crise dans laquelle elle est plongée depuis le putsch manqué de 2002.
"C'est un procès qui risque de faire mal", a assuré Me Adjé, estimant que le pouvoir en place n'avait "pas envie que ces choses-là se déballent avant l'élection", à laquelle le président Gbagbo est candidat à sa succession.
Ouverte en octobre 2007 à la demande de M. Gbagbo, une vaste enquête judiciaire avait débouché sur l'arrestation en juin 2008 de la quasi-totalité des "barons" de la juteuse filière cacao, dont des proches du chef de l'Etat et de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI).
Au total, 28 ex-responsables, dont 24 sont actuellement en prison, sont poursuivis pour "détournement de fonds, abus de confiance, abus de biens sociaux, escroquerie, faux et usage de faux en écriture privée de banque".Ils risquent jusqu'à 20 ans de prison.
Leur incarcération a été prolongée sans jugement dans des délais hors normes, au grand dam des intéressés, de leurs familles et d'organisations ivoiriennes des droits de l'Homme.
Mise en avant par le président-candidat, l'opération "mains propres" dans le cacao ivoirien avait sonné le glas des structures en charge de la filière, remplacées par un comité de gestion provisoire.
Trésor national depuis des décennies, le cacao et le café représentent environ 20% du PIB ivoirien.
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