Deux témoins entendus par les juges chargés de l'enquête sur la mort des sept moines de Tibéhirine en 1996 sèment le trouble sur les conditions d'identification de leurs restes, relançant les interrogations sur le silence voulu par les autorités françaises de l'époque.
Le médecin des armées en poste à l'ambassade de France à Alger au moment de la mort des moines, et l'ancien consul général de France à Alger ont livré récemment leurs versions du déroulement de l'identification des têtes des religieux dans un hôpital militaire d'Alger en mai 1996, qui divergent de celles de l'ambassadeur de France de l'époque.
L'ambassadeur Michel Lévêque devait être entendu jeudi par le juge antiterroriste Marc Trévidic, l'occasion d'éclaircir les éléments contenus dans des documents déclassifiés, en particulier sur les événements ayant suivi la découverte des têtes des sept moines le 30 mai au bord d'une route de montagne.Leurs corps n'ont jamais été retrouvés.
Dans un télégramme diplomatique du 2 juin 1996, l'ambassadeur décrivait la reconnaissance des têtes des sept moines lors de la visite à l'hôpital le 31 mai.Il mentionne des "constatations visuelles du médecin de la gendarmerie", notamment "des têtes dans un état de décomposition avancée avec putréfaction générale", ainsi qu'une évaluation de la date du décès des moines "entre le 16 et le 21 mai".
Or le médecin des armées Tantely Ranoarivony, spécialiste de chirurgie faciale, a contredit ces déclarations lors de son audition fin juin par le juge Trévidic.
"Je n'ai pas donné d'indication sur la date des décès car je ne suis pas médecin légiste", a dit le médecin des armées, selon son procès-verbal dévoilé par Le Monde et que l'AFP a pu consulter.
"Je ne me souviens pas avoir donné à l'ambassadeur ces indications qui paraissent très précises", a-t-il ajouté à propos des constatations anatomiques.
Le médecin a en outre dit ne pas se souvenir de la présence Mgr Teissier, archevêque d'Alger, de deux représentants de l'ordre des cisterciens et d'un prêtre compagnon des moines lors de cette identification, pourtant notée sur les télégrammes de l'ambassadeur.
De son côté, l'ancien consul de France, François Ponge, également présent au moment de l'identification, a déclaré au juge qu'il avait posé au médecin "la question de la date du décès"."Il n'a pas pu me répondre", a déclaré le consul.
Pour Me Patrick Baudouin, avocat des parties civiles, ces divergences "soulèvent une interrogation forte sur l'implication de l'ambassadeur dans une connaissance du dossier beaucoup plus forte qu'il n'a voulu le reconnaître".
Ces témoignages "confirment également la loi du silence qui prévalait à l'époque et mérite explication", ajoute t-il.
Les sept moines avaient été enlevés fin mars 1996 dans leur monastère isolé situé près de Medea, région où les tueries étaient alors fréquentes.Le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni avait revendiqué l'enlèvement et l'assassinat des moines.
Le témoignage livré en juin 2009 par un ancien attaché de Défense à Alger, le général François Buchwalter, a relancé l'enquête.Selon ce général, les moines ont été tués peu après leur enlèvement par des tirs depuis des hélicoptères militaires alors qu'ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de djihadistes.
L'audition du général Philippe Rondot, prévue le 27 septembre, pourrait apporter des éclaircissements, en particulier sur le rôle des services secrets algériens avec qui il était en contact à l'époque des faits.Il avait été brièvement entendu par le juge Jean-Louis Bruguière en octobre 2006.
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