Des chefs de partis étaient réunis lundi pour débattre de l'identité du futur Premier ministre indépendant devant être choisi cette semaine pour sortir la Tunisie d'une crise politique nourrie par les violences jihadistes qui ont déclenché une fronde policière.
La vingtaine de responsables a commencé à discuter vers 16H00 GMT (17H00 locale).Ils doivent passer en revue les différentes personnalités proposées pour former le cabinet apolitique censé succéder d'ici trois semaines à celui dirigé par les islamistes d'Ennahda, a indiqué le syndicat UGTT, principal médiateur des pourparlers lancés vendredi après trois mois de bras de fer entre pouvoir et opposition.
Les médias et plusieurs partis tunisiens ont avancé une multitude de noms pour succéder à l'islamiste Ali Larayedh.
Parmi ceux-ci on compte, Mustapha Kamel Nabli, un ex-gouverneur de la Banque centrale, Chedly Ayari, l'actuel gouverneur, ou encore Ahmed Mestiri et Mansour Moalla, deux personnalités ayant occupé des fonctions clés du temps de la présidence de Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne.
Durant tout le week-end, des pourparlers ont eu lieu pour mettre en �?uvre la "feuille de route" du dialogue national qui, outre la formation d'un nouveau cabinet, doit aboutir à l'adoption avant fin novembre de la Constitution, en cours de rédaction depuis deux ans, ainsi que d'un calendrier et d'une législation électorale.
La commission de l'Assemblée nationale constituante (ANC) en charge de la réforme de son règlement intérieur s'est réunie lundi pour déterminer les mesures à prendre pour accélérer l'adoption de la future loi fondamentale.
L'ANC se réunira pour sa part en plénière mardi matin pour débattre de la loi devant créer l'instance chargée d'organiser les futures élections.Selon la feuille de route, cet organisme doit être créé à la fin de la semaine.
"L'ANC doit honorer ses engagements devant le peuple (...) nous prévoyons que l'Assemblée termine ses travaux dans trois semaines", a réitéré lundi Rached Ghannouchi, chef d'Ennahda, qui a laissé un de ses adjoints assister à la réunion des chefs de partis.
La classe politique a lancé ces négociations très ambitieuses pour résoudre la crise qui paralyse la vie politique et institutionnelle depuis l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi, attribué à la mouvance jihadiste, le 25 juillet.
Elles ont pu débuter grâce à la promesse écrite d'Ali Larayedh de démissionner.Il a cependant souligné que son départ était tributaire de l'avancée des négociations sur la constitution et sur les questions électorales.
Le journal La Presse s'est dans ce contexte réjoui du "bon climat qui prévaut" tout en notant que la personnalité recherchée pour devenir Premier ministre était "un oiseau rare, démocrate, républicain, parfaitement indépendant et neutre".
Menace jihadiste, colère de policiers
Ce "dialogue national" intervient dans un climat sécuritaire très tendu face à la recrudescence des violences attribuées à la mouvance jihadiste armée.
Celles-ci ont fait neuf morts au sein des forces de l'ordre durant le seul mois d'octobre, portant à près d'une trentaine le nombre de policiers, gendarmes et militaires tués depuis le début de l'année par des groupes qualifiées de "terroristes" et accusés de liens avec Al-Qaïda.
Ces violences ont initié la fronde d'un important syndicat policier contre le gouvernement, accusé de laxisme.
Des centaines de manifestants sont ainsi rassemblés lundi matin à l'appel du Syndicat national des forces de sécurité intérieures (SNFSI) devant le ministère de l'Intérieur, en plein centre de Tunis.
"Nous constatons un manque de sérieux du gouvernement pour lutter contre ce fléau", a dit à l'AFP Riadh Rezgui, un porte-parole du syndicat, avant d'accuser les autorités "d'affaiblir délibérément les organes sécuritaires, étant donné qu'on n'a pas les équipements nécessaires, même pas de gilets pare-balles".
Le SNFSI avait organisé la manifestation ayant chassé le président Moncef Marzouki et Ali Larayedh d'une cérémonie d'hommage à deux gendarmes tués mi-octobre.
Il a publié samedi un communiqué cinglant pour réclamer plus de moyens mais aussi la réintégration de cadres sécuritaires limogés après la révolution et le renvoi de ceux accusés d'être soumis à Ennahda.
Le ministère de l'Intérieur a jugé ces propos "inacceptables", et porteur d'une "menace de rébellion".
Les forces de l'ordre étaient au c�?ur du système répressif du régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali.Elles étaient en charge de la répression de la mouvance jihadiste mais aussi des islamistes d'Ennahda aujourd'hui au pouvoir.
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