Mozambique: les subventions ne changent rien pour les pauvres

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MAPUTO (AFP)

Les émeutes du début du mois ont conduit le gouvernement mozambicain à augmenter les subventions pour empêcher une hausse des prix du pain, de l'eau et de l'électricité, une mesure coûteuse qui ignore le principal enjeu pour les plus pauvres: le chômage.

"Ca ne m'aide pas du tout", confie Nortencia Manica, 33 ans, qui vend des recharges pour téléphones portables dans la capitale Maputo."Je gagne 100 meticals (3 dollars, 2 euros) par jour, et parfois seulement 50, comment survivre ?"

"Ce dont nous avons besoin, c'est de travail", ajoute avec colère cette mère de trois enfants, dont le mari est décédé récemment.

Les faubourgs déshérités de Maputo se sont enflammés le 1er septembre à l'annonce d'une hausse du prix du pain.La police a riposté en ouvrant le feu à balles réelles.En trois jours d'affrontements, treize personnes sont mortes et plus de 400 ont été blessées.

Le gouvernement du président Armando Guebuza, qui avait initialement déclaré les hausses de prix "irréversibles", a effectué lundi un virage à 180 degrés et annoncé une hausse des subventions publiques, afin de compenser les récentes augmentations.

"Ca ne résout aucun problème, mais c'était indispensable pour calmer les esprits", estime l'économiste Antonio Francisco, pour qui la situation reste précaire."Les manifestations vont se poursuivre parce qu'il n'y a pas eu de réformes de fond", prédit-il.

Pire, dit-il, la mesure n'est pas tenable à moyen terme parce que "l'économie mozambicaine n'a pas les moyens de distribuer davantage de subventions."

Malgré une croissance soutenue depuis la fin de la guerre civile (1976-1992), l'ancienne colonie portugaise reste l'un des pays les plus pauvres au monde.Environ 90% de sa population vit avec moins de deux dollars par jours, selon la Banque mondiale.

Limité budgétairement, le gouvernement vient d'annuler certaines mesures de stabilisation du prix de l'essence, rappelle Victor Lopes, économiste spécialisé sur l'Afrique australe à la Standard Bank.

"Ce type de mesures ne vaut qu'à court terme.Il y a une forte pression sur les gouvernements pour qu'ils diminuent leurs subventions", dit-il.

Des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale critiquent cette forme d'intervention, arguant qu'elle profite surtout à la classe moyenne en mesure de s'abonner aux réseaux d'eau et d'électricité, et non aux plus pauvres.

A long terme, le pays doit se consacrer en priorité à lutter contre le chômage, qui affecte 60% de la population adulte, estime M. Francisco."Le gouvernement doit créer une sorte de protection pour limiter les conséquences du chômage", dit-il.

Il doit aussi redresser son secteur agricole, réduit à néant pendant la guerre civile, pour produire blé ou maïs sur son propre sol.

A l'heure actuelle, le Mozambique dépend de l'Afrique du Sud pour la moitié de ses importations.Or la devise nationale s'est effondrée face au rand sud-africain, ce qui a participé à la flambée des prix du pain.

Il n'est toutefois pas certain que le gouvernement entame les réformes nécessaires."Je crains une résistance aux réformes de fond", confie M. Francisco."De nombreux responsables ne prennent pas leur rôle au sérieux et sont légers dans leur gestion des fonds publics", accuse-t-il.

Le Mozambique est situé au 130e rang sur 180 de l'indice de Transparency International sur la perception de la corruption (avec le 180e pays perçu comme le plus corrompu).

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