Le Rwanda a fait part mercredi de son "indignation" après le refus de la justice française d'extrader vers Kigali un médecin rwandais soupçonné d'être impliqué dans le génocide de 1994, dénonçant le risque pris par Paris de "consacrer l'impunité".
L'expression appuyée de la "déception" du régime de Paul Kagamé tranche avec les échanges apaisés qui prévalaient entre Kigali et Paris depuis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays fin 2010 après des années de turbulences.
Dans un communiqué, l'ambassade du Rwanda à Paris "exprime sa profonde indignation et sa déception à la suite de la libération d'Eugène Rwamucyo, un génocidaire présumé".
"En rejetant la demande d'extradition du Rwanda, en libérant M. Rwamucyo, malgré toutes les charges qui pèsent sur lui, la justice française permet à un responsable présumé du crime le plus grave, à savoir le génocide, de fuir le pays en toute quiétude, avec le risque de consacrer ainsi l'impunité", juge l'ambassade.
La cour d'appel de Versailles (près de Paris) a refusé mercredi l'extradition du médecin rwandais et décidé de sa remise en liberté, mettant ainsi fin à la procédure.
Selon l'avocat du médecin, Me Philippe Meilhac, la cour a notamment estimé que "les droits de la défense ne sont pas garantis au Rwanda".
Eugène Rwamucyo avait été interpellé en mai pendant une cérémonie d'obsèques en région parisienne, en vertu d'un mandat d'arrêt international délivré par le Rwanda en 2007.
Il est notamment accusé par Kigali d'avoir participé à des réunions de responsables génocidaires à Butare (sud du Rwanda) en 1994, dont l'une sous l'égide du Premier ministre de l'époque, Jean Kambanda, condamné à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
Le génocide a fait, selon l'ONU, au moins 800.000 morts, des Tutsi dans leur immense majorité, entre avril et juillet 1994 au Rwanda.
M. Rwamucyo reste par ailleurs visé par une information judiciaire ouverte à Paris en 2008 pour génocide, crimes contre l'humanité et complicités après une plainte d'une association, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).
"L'idée n'est pas d'échapper aux procédures", a souligné son avocat, Me Meilhac."Nous avons l'espoir désormais que la justice française accélère le pas et l'entende car il n'y a rien de pire que de ne pas pouvoir se défendre".
Présent à l'audience, Alain Gauthier, président du CPCR, a également demandé que "le juge d'instruction prenne l'affaire en main sur la suite des 17 ou 18 autres dossiers (concernant des Rwandais visés par des enquêtes en France depuis 1995, ndlr), car M. Rwamucyo n'est qu'un parmi d'autres".
De son côté, l'ambassade rwandaise a déploré qu'"aucun procès" n'ait eu lieu en France, "malgré l'engagement ferme, des plus hautes autorités de l'Etat français, de poursuivre et de punir les responsables du génocide des Tutsi réfugiés sur son sol".
La justice française a récemment rejeté trois demandes d'extradition vers Kigali de Rwandais soupçonnés d'avoir pris part au génocide, arguant à chaque fois d'un manque de garanties accordées à la défense devant la justice rwandaise.
La libération d'Eugène Rwamucyo intervient alors que, pour la première fois, des juges français sont au Rwanda, sur le terrain depuis dimanche, pour enquêter sur l'attentat contre l'avion de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994, considéré comme l'élément déclencheur des massacres.
L'émission de mandats d'arrêts contre des proches de Paul Kagamé accusés d'avoir participé à l'attentat, dans le cadre de cette enquête française, avait précipité la rupture des relations entre les deux pays en 2006.La réconciliation n'avait été finalement scellée qu'en février 2010, par un voyage à Kigali du président Nicolas Sarkozy.
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