La France a annoncé jeudi une série de mesures pour durcir sa lutte contre le trafic d'espèces menacées, dont une multiplication par des dix des amendes pour ce type de délit et la destruction systématique des stocks d'ivoire saisie.
A la veille d'un sommet franco-africain à Paris sur la sécurité et la paix, François Hollande a affirmé que "les gains générés par le braconnage (doivent) être menacés par l'importance des amendes".
Les amendes pour des infractions simples passeront de 15.000 à 150.000 euros et celles commises en bande organisée pourront être punies de 750.000 euros.
Le ministre de l'Ecologie, Philippe Martin, a annoncé que les stocks d'ivoire illégal constitués par la France au fil de saisies seraient "systématiquement détruits".Une première destruction de trois tonnes d'ivoire aura lieu en février.
Une évaluation des quantités détenues par des musées et les douanes est en cours, les saisies étant disséminées sur le territoire et les tribunaux étant jusqu'ici libres de les affecter à des institutions culturelles ou scientifiques.
Ces annonces ont été faites à l'occasion d'une table ronde avec une vingtaine de dirigeants africains dont sept chefs d'Etats (Cameroun, Comores, Côte-d'Ivoire, Gabon, Mali, Tanzanie, Togo) et les Premiers ministres du Swaziland et de la Libye.
Cette initiative française s'inscrit dans un contexte de préoccupation internationale croissante pour l'avenir d'espèces menacées (éléphants, primates, rhinocéros, tortues, hippopotames, etc.).Le trafic mondial d'espèces de faune et de flore sauvages est estimé à 14 milliards de dollars.
Une circulaire sera aussi envoyée aux parquets pour mobiliser les magistrats et les policiers auront accès à davantage de moyens techniques pour ce type d'affaires (mise sur écoute, infiltration, etc.)
La France soutiendra un renforcement de l'Office des Nations unies chargé de la lutte contre le trafic de drogue et le crime pour l'élargir au trafic des espèces menacées.Elle entend aussi articuler davantage son aide au développement autour de cette question.
L'ONG Robin des Bois s'est félicité de la décision de la France "de procéder à cette destruction de stocks".La Fondation Brigitte Bardot s'est elle réjouie de voir "la lutte contre le trafic d'espèces menacées élevé au rang de lutte contre le trafic de drogues".
Financement de groupes criminels
Si la France affiche un certain volontarisme sur ce sujet, elle n'est pas au centre des trafics mondiaux d'espèces en danger, et son action doit surtout avoir valeur d'exemple et aider à mobiliser la communauté internationale.
Les pays africains réunis jeudi ont discuté d'une "Déclaration de Paris" les engageant à "agir sans délai" et appelant la communauté internationale à soutenir leurs efforts.Des amendements sont en cours, mais plusieurs pays se sont déjà engagés à signer ce texte, a assuré Philippe Martin.
Le trafic d'espèces sauvages, telles que l'éléphant et le rhinocéros, ne relève désormais plus seulement du braconnage local mais de groupes criminels qui trouvent là un moyen de financement, créant de l'instabilité dans certaines régions et fragilisant l'Etat de droit.
"La table ronde d'aujourd'hui acte que ce type de trafic est un sujet géopolitique", a déclaré Nicolas Hulot, l'envoyé de François Hollande pour la protection de la planète qui y participait.
Depuis 2009, le niveau de braconnage n'a cessé d'augmenter, témoignant d'un changement d'échelle et de l'implication du crime organisé, relèvent les experts.
La protection des éléphants vient de faire l'objet d'une réunion internationale cette semaine à Gaborone (Botswana) avec l'adoption de mesures.Mais les principaux pays de la filière, en Afrique et en Asie, n'étaient pas représentés au plus haut niveau de l'Etat et doivent encore ratifier l'accord.
Le trafic d'espèces menacées doit aussi faire l'objet d'un prochain sommet à Londres les 12 et 13 février.
La population d'éléphants en Afrique est désormais estimée à environ 500.000 individus.Sachant que de 22.000 à 25.000 animaux sont abattus chaque année, ces pachydermes sont éliminés plus vite qu'ils ne peuvent se reproduire.
La situation du rhinocéros, chassé pour sa corne, est encore plus alarmante: il reste en Afrique 5.000 rhinocéros noirs et 20.000 blancs.Le rhinocéros a déjà disparu d'Afrique centrale.En Afrique du Sud, quelque 800 spécimens ont été tués en 2013.
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