Caché dans les étages d'un immeuble éventré par les obus, un sniper allongé sur une planche de bois, immobile comme une statue, scrute la ligne de front dans la lunette de son fusil Dragonov.
Le canon d'acier noir pointe au travers d'un trou en forme d'oeil de boeuf dans la façade, stigmate d'un récent assaut des shebab.Un coup de feu claque, la douille brûlante est éjectée sur le sol carrelé dans un tintement métallique.
A un jet de pierre du vieux port de Mogadiscio, la position de "Fish-Barda" défend le flanc nord des zones sous contrôle de la force de l'Union africaine (Amisom) dans la capitale face aux insurgés islamistes.
"L'ennemi est là, à moins de 300 mètres", explique le lieutenant Kananza, longiligne officier qui commande ce poste avancé de l'armée ougandaise.
De cette ancienne station de police de cinq étages, il ne reste qu'une ruine, plantée au milieu d'un tas de gravats comme une fusée de béton sur son pas de tir.
"C'est une position stratégique", explique le colonel Francis Chemo, commandant de ce secteur de la capitale."Elle domine toute la zone, verrouille l'accès au vieux port et empêche le ravitaillement des insurgés par la mer".
Fish-Barda a été évacué en catastrophe par les éléments de police du TFG (gouvernement) peu après le début d'une vaste offensive shebab le 23 août.
Plus d'une dizaine de positions ont été ainsi abandonnées sous la pression des insurgés, mettant un moment l'Amisom en difficulté et la forçant à contre-attaquer.
Occupé deux jours par les assaillants, Fish-Barda a finalement été repris par les soldats ougandais de l'Amisom, avec l'appui de leurs engins blindés et chars T-70, au terme de quatre heures d'affrontements.
L'arme à l'épaule, les militaires empruntent une succession d'échelles de bois posées dans la cage d'ascenseur noircie par les flammes pour monter à leurs postes de combat.
Sur le carrelage poussiéreux, une longue traînée de sang séchée: "le cadavre d'un des leurs que les shebab ont emporté", lance un sous-officier.
Dans une pièce vide aux murs crasseux couverts de graffitis obscènes, une mitrailleuse PKM est installée devant une fenêtre en partie obstruée par de vieux cartons.
Une lègère brise marine vient rafraîchir les combattants trempés de sueur sous leur lourd gilet par-balles, accroupis derrière leurs sacs de sable, le regard tendu vers les lignes ennemies.
Un lit de camp repose à même le sol, un reste de riz dans une assiette en plastique traîne sur une caisse de munitions."Nous sommes sur nos gardes 24h/24, les shebab peuvent lancer un assaut à tout moment", souligne le lieutenant Kananza, talkie-walkie crachottant collé à l'oreille.
Le no man's land qui sépare les belligérants est une succession de maisons éventrées, étouffées par la broussaille, dont les courettes ou anciens jardins ne sont plus que des décharges encombrées de pourritures.
Une minuscule tâche sombre se détache un instant entre deux murs blancs immaculés grêlés d'éclats: un "combattant shebab", réagit le servant de la mitrailleuse.
Une rafale assourdissante déchire l'air, à laquelle répondent des coups de feu isolés.Entre chaque échange de tirs, revient imperturbablement le fracas lointain des vagues sur la digue du vieux port.
"La situation est imprévisible", selon le colonel Chemo.Sur cette ligne de front, vidée de toute population, se concentrent les jihadistes étrangers qui combattent au sein des shebab.
"Nous les repérons à leur couleur de peau, ce sont souvent des Arabes, des Pakistanais.Ils sont plus combatifs, plus aguerris", observe le commandant ougandais.
Autre particularité, "ils récupèrent toujours leurs cadavres.Sinon, ils tirent sur les visages de leurs morts pour les rendre méconnaissables".
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