Auditionné par des juges antiterroristes, le général Philippe Rondot continue à accuser le GIA de l'assassinat des moines de Tibéhirine au printemps 1996, une des thèses étudiées par les enquêteurs qui explorent également la piste d'une bavure de l'armée algérienne.
Le général Rondot, qui a été entendu lundi par les juges antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux, écarte une manipulation du chef du GIA, Djamel Zitouni, par les services algériens, même si ces derniers accordaient au groupe islamiste une liberté d'action.
M. Rondot était chargé de mission à la DST (contre-espionnage) à l'époque de l'enlèvement des moines et en contact étroit avec le général Smaïn Lamari, patron de la DCE algérienne (Direction du contre-espionnage).
Pour le général Rondot, "c'est un groupe affilié à Zitouni, sinon Zitouni lui-même" qui est responsable de l'enlèvement et de l'assassinat des sept moines trappistes au printemps 1996, selon le procès-verbal de l'audition qu'a pu consulter l'AFP mardi.
En revanche, "les services algériens ont probablement laissé fonctionner Zitouni car celui-ci a éliminé beaucoup de groupes concurrents.Autrement dit, il a éclairci le terrain", a-t-il précisé.
Le général explique que "la stratégie de ces services était de pénétrer, manipuler et intoxiquer ces groupes pour provoquer leur éclatement et leur auto-destruction".
Déjà entendu par le juge Jean-Louis Bruguière, alors chargé de l'enquête, en décembre 2006, le général Rondot avait livré une version similaire, affirmant parallèlement n'avoir "aucun élément qui irait dans le sens d'une +manipulation+ des services algériens".
"Je n'ai aucun élément crédible que j'aurais pu recueillir qui permettrait d'affirmer que les services algériens (...) auraient été complices" de l'enlèvement, a-t-il répété lundi.
Plus généralement, le général a livré aux juges un témoignage prudent et limité, refusant fréquemment de répondre pour ne pas livrer ses sources ou évoquer des éléments toujours classés secret défense.
Il a notamment été interrogé sur plusieurs de ses rapports déclassifiés et carnets, versés à l'enquête, dans lesquels il consignait ses faits et entretiens.
Dans un de ses rapports daté du 27 mai 1996, soit six jours après l'annonce par le GIA de la mort des moines, le général Rondot écrit que la DCE "se doit d'éliminer (..) Zitouni" et que "c'est notre devoir de l'encourager".
"Pour moi, l'assassinat des moines a représenté un crime qui était sans commune mesure avec ceux que Zitouni avait pu commettre dans le passé", a expliqué le général aux juges.
Pour l'avocat de plusieurs parties civiles, Me Patrick Baudouin, "il est étonnant qu'il ait fallu attendre l'assassinat des moines" pour que Zitouni soit ciblé."Il ressort de ces déclarations que Zitouni, s'il n'était pas manipulé, servait pour le moins les intérêts des services algériens", a-t-il dit à l'AFP.
Sur l'hypothèse d'une bavure de l'armée algérienne, qui aurait tué par erreur les moines lors d'une opération, le général Rondot a dit n'avoir eu "aucune information" à l'époque sur l'existence d'une opération militaire, précisant avoir découvert cette possibilité par la presse.
L'hypothèse d'une bavure émane du général François Buchwalter, ancien attaché militaire français à Alger, pour qui les moines ont été tués dans un raid d'hélicoptères militaires alors qu'ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de djihadistes.
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