Le Nigeria fête vendredi le cinquantenaire de son indépendance à l'approche d'une élection présidentielle perçue comme un test pour la nation la plus peuplée d'Afrique, dévorée par la corruption mais qui pourrait être sur la voie du changement.
Parmi les festivités prévues, la dégustation du "plus grand gâteau du monde" --une idée d'un particulier-- a été jugée inappropriée par certains dans un pays richissime en hydrocarbures mais dont une grande partie de la population vit dans la pauvreté et où les infrastructures sont délabrées (hôpitaux, routes, réseau électrique, etc.).
L'ex-colonie britannique ne produit en effet qu'une quantité anecdotique d'électricité, très loin de répondre aux besoins de ses 150 millions d'habitants.Le large recours aux générateurs constitue une solution coûteuse et polluante illustrant le paradoxe d'une nation, 8e exportateur mondial de brut, pour qui les milliards de pétrodollars engrangés n'ont pas été synonymes de développement.
L'économiste politique Pat Utomi ne mâche pas ses mots: "la plupart des personnes qui dirigent ce pays devraient être en prison, c'est la triste vérité".
Selon lui, le Nigeria se remet mal d'un épisode historique qui a favorisé la corruption: la flambée des prix du brut lors du choc pétrolier de 1973 au plus fort des régimes militaires, conduisant à l'affaiblissement des institutions au profit d'une culture d'"hommes forts".
Mais le pays connaît actuellement une "remarquable transition" et se trouve "à la croisée des chemins", selon Pat Utomi."Juste une erreur et nous prendrons le chemin de la Somalie", met en garde ce professeur renommé qui entend briguer la présidence en 2011.
"En dépit de tous les défis, l'avenir du Nigeria est réellement prometteur, si les bonnes décisions sont prises", estime-t-il soulignant que l'économie nigériane croit de 7% par an.
Selon lui, l'élite politique a malgré tout eu le mérite d'avoir su préserver l'unité de l'immense fédération et "permis à un peuple extrêmement entrepreneur de continuer à progresser".
Le pays dont la population se partage équitablement entre chrétiens, majoritaires dans le sud, et musulmans, plus nombreux dans le nord, est régulièrement secoué par des violences ethniques et religieuses.
"C'est comme si vous aviez mis ensemble Anglais, Français et Allemands", remarque Kunle Tejuoso, disquaire et producteur de musique à Lagos."C'est incroyable que nous soyons toujours unis".
La scène artistique nigériane, très influente, pourrait jouer un rôle dans la transition que de plus en plus de Nigérians souhaitent voir.
Certains placent leurs espoirs dans une jeune génération d'électeurs, qui commence à demander des comptes aux dirigeants.
L'écrivain Chinua Achebe, le Nobel de littérature Wole Soyinka ou encore Fela Kuti, la légende de l'Afrobeat, décédé en 1997, ont inlassablement dénoncé depuis des décennies les abus des responsables politiques.
Pour Olabode Toye Olalewe, banquier de 28 ans, le Nigeria est bien sur la voie du changement."Cela n'est peut-être pas aussi rapide qu'on le voudrait mais nous y venons", assure-t-il.
Daniel Omoweh, professeur de relations internationales à la Covenant University, dans l'Etat d'Ogun (sud), ne partage pourtant pas cet optimisme."Le système politique ne montre aucun signe d'une quelconque avancée vers la démocratisation", dit-il.
La seule chose à célébrer, selon lui, est le maintien de l'unité du pays à travers un demi siècle marqué par la très meurtrière guerre du Biafra (1967-1970).
Une unité qui sera mise à l'épreuve lors de la présidentielle à laquelle se présente le président Goodluck Jonathan, un chrétien du sud.Selon une règle non écrite de rotation du pouvoir, actuellement disputée, c'est au tour d'un candidat du nord de prendre la présidence.La candidature de M. Jonathan est perçue par certains comme une menace pour la stabilité.
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