L'empoisonnement au plomb lié à la recherche d'or a tué plus de 400 enfants au Nigeria et continue de se propager alors que les villageois taisent les nouveaux cas, craignant l'interdiction de l'orpaillage artisanal, ont annoncé l'Onu et Médecins sans frontières mardi.
"Plus de 400 enfants sont morts ces six derniers mois" dans l'Etat de Zamfara, a déclaré à l'AFP El-Shafii Muhammed Ahmad, coordinateur de MSF à Anka, une ville de cet Etat du nord-ouest du pays.
Tous sont âgés de moins de cinq ans.
Ces empoisonnements massifs ont été révélés il y a plusieurs mois, après que des villageois à la recherche d'or dans une mine eurent ramené dans leurs villages des blocs de roche sans savoir qu'ils étaient particulièrement riches en plomb.
Ces blocs ont été concassés et traités pour en extraire le métal précieux au milieu des villages, libérant des particules contaminées inhalées par les habitants et polluant la terre et l'eau.
L'ONU avait estimé en septembre que quelque 18.000 villageois pourraient avoir été touchés.Elle a averti dans un nouveau rapport publié mardi que la contamination continuait à se propager.
"La crise liée à la pollution et à l'intoxication au plomb dans l'Etat de Zamfara est loin d'être terminée.En fait, nous n'avons vu que la partie visible de l'iceberg", selon ce document du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).
"La plupart des contaminations et des décès (...) ne sont pas rapportés", estime le PNUE dont le rapport a été rédigé après une visite de quatre experts venus faire des prélèvements dans des nappes phréatiques.
Depuis mai, de nombreux experts internationaux - médecins, spécialistes de la décontamination - ont travaillé sur les sites contaminés.
MSF estime aussi que les chiffres actuels sont en deçà de la réalité.
"Les rapports faisant état de plus de 400 décès d'enfants de moins de cinq ans sont une sous-estimation car beaucoup de décès liés au plomb ne sont pas rapportés.Ces communautés les attribuent à d'autres facteurs, ou bien les nient", a expliqué M. Ahmad, joint par téléphone depuis Kano.
Selon MSF et le PNUE, les villageois craignent que la recherche d'or soit interdite suite à cette catastrophe.Nombre d'entre eux sont pauvres et cette activité est bien plus lucrative que l'agriculture.
En mai, un habitant de Yargalma, l'un des villages contaminés, avait indiqué à l'AFP: "Un gramme d'or se vend 3.500 nairas (19 euros environ), contre 6.000 nairas environ pour 50kg de mil".
Le PNUE appelle les autorités nigérianes à ne pas interdire l'orpaillage mais à mettre en place des mesures de sécurité encadrant cette activité.S'assurer par exemple que le traitement des roches se fait à l'extérieur des villages.
Sept communautés auraient été touchées, mais selon le PNUE, la liste "continue de s'allonger".
L'activité aurait repris dans le village de Dareta qui avait été décontaminé par l'organisation américaine TerraGraphics en juin, s'inquiète en outre le programme onusien.
Un responsable au ministère nigérian de la santé interrogé par l'AFP a cependant estimé mardi que "le bilan des morts de MSF n'est pas correct".
"Nous n'avons pas eu de nouveau décès ces dernières semaines", a assuré Henry Akpan, directeur du département d'épidémiologie.
Le plomb, s'il est ingéré ou inhalé, peut pénétrer dans le système sanguin et bloquer la production d'hémoglobine qui transporte l'oxygène aux organes.Les enfants et les femmes enceintes y sont particulièrement sensibles.
En juin, le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a estimé que l'étendue des empoisonnements était sans précédent.Le bilan était alors de moins de 200 morts.
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