Des tirs d'armes lourdes ont retenti jeudi pour la deuxième journée consécutive à la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, provoquant un brusque regain de tension dans cette région instable des Grands Lacs.
Jeudi matin, des détonations d'armes lourdes ont retenti pendant une demi-heure environ dans la zone frontalière de Kanyesheza (Kanyesheja pour les Rwandais) à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu (est de la RDC).
Les tirs n'ont fait apparemment aucune victime mais ont entrainé la fuite de plusieurs centaines de civils.
Comme pour les affrontements de la veille, les deux parties se sont renvoyé la responsabilité des violences.Chaque camp a affirmé avoir été attaqué par l'autre et n'avoir pas riposté.
Le ministère des Affaires étrangères français a appelé à la "cessation immédiate des hostilités", d'une ampleur inédite à la frontière l'offensive finale de l'armée congolaise contre les rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23) en novembre 2013.
Mercredi soir, l'ONU avait lancé un appel similaire.
En début d'après-midi, jeudi, des troupes des deux pays s'observaient à distance sur des hauteurs dans cette zone montagneuse, a indiqué un responsable de l'administration congolaise à Kanyesheza.
Le Kivu est une zone particulièrement instable, d'où sont partis plusieurs conflits régionaux et où s'entrecroisent conflits fonciers et ethniques.
Signe d'un certain apaisement, une équipe du Mécanisme conjoint de vérification (JVM) était en train d'enquêter entre les deux, sur les lieux des incidents des dernières 36 heures.La RDC, le Rwanda, d'autres pays de la région et l'ONU participent à cette structure chargée de contrôler la frontière congolo-rwandaise.
L'équipe du JVM a vu "au total cinq corps de militaires habillés en tenue des FARDC", l'armée congolaise, et aucune dépouille de soldat rwandais, a indiqué un de ses membres sous le couvert de l'anonymat.
Les corps ont également été montrés à la presse à Kanyesheja, du coté rwandais, par l'armée de Kigali et présentés comme ceux de soldats congolais.
Selon une source militaire occidentale, cinq soldats congolais ont été tués mercredi, un bilan confirmant celui donné dès mercredi par Kigali.Les autorités de Kinshasa, elles, affirment pour leur part n'avoir perdu qu'un seul militaire.
Selon la source militaire occidentale, les tirs de jeudi n'ont fait aucune victime.A la différence de la veille, a-t-on ajouté, il n'y a eu aucun passage de troupes de part et d'autre de la frontière.
- Rebelles rwandais -
Un habitant en territoire congolais a indiqué que "30 familles", soit plusieurs centaines de personnes, fuyaient la zone frontalière jeudi.
Le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), qui dénombre plus d'un million de déplacés internes au Nord-Kivu, évaluait encore en début d'après-midi l'effet des dernières violences, qui semblaient à première vue limité en termes de nombre de déplacés.
Les relations entre le Rwanda et la RDC sont tendues depuis des années.Le régime tutsi de Kigali a combattu le gouvernement central de Kinshasa lors des deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003).
La RDC reproche au Rwanda de chercher à la déstabiliser depuis la fin de ces conflits, en soutenant les diverses milices à dominante tutsi qui se sont soulevées contre le gouvernement central de Kinshasa.
Kigali et la RDC s'accusent aussi régulièrement d'instrumentaliser la question des rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) pour faire avancer leurs revendications réciproques.
Présente dans l'Est du Congo depuis 1994, cette milice compte parmi ses fondateurs et ses plus anciens membres des personnes ayant participé activement au génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda.
Pour les autorités congolaises, Kigali cherche à casser le processus de reddition des FDLR, entamé fin mai, en créant de l'insécurité pour conserver une raison d'intervenir dans la zone.
Christoph Vogel, chercheur à l'université de Zürich travaillant sur l'Est congolais, a indiqué avoir eu des témoignages selon lesquels l'armée rwandaise avait renforcé sa présence à la frontière avec la RDC "quelques jours" après la première cérémonie de reddition de FDLR, le 30 mai.
"Reste à vérifier s'il existe un lien direct [entre les incidents frontaliers et ces] redditions", a ajouté M. Vogel, actuellement à Goma.
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