Les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l'ONU, en visite au Soudan du Sud, ont menacé mardi de sanctions les belligérants en cas de poursuite de la guerre civile dans le pays, qui risque de sombrer dans la famine.
"Le Conseil a très clairement dit qu'il était prêt à faire subir des conséquences, s'il continue à y avoir des saboteurs (du processus de paix), s'il continue à y avoir des gens qui violent de façon flagrante les droits de l'Homme", a averti Samantha Powers, ambassadrice américaine à l'ONU et chef de la délégation, à l'issue d'une rencontre avec le président sud-soudanais Salva Kiir à Juba.
Des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes, ont été tuées et plus de 1,5 million chassées de chez elles par le conflit, né en décembre 2013 d'une rivalité entre Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, qui a creusé les antagonismes politico-ethniques au sein de l'armée.
Des pourparlers entamés en janvier à Addis Abeba sont pour l'heure infructueux et le délai de 60 jours, dans lequel les deux camps s'étaient engagés à former un gouvernement d'union, a expiré dimanche sans résultat.
Deux accords de cessez-le-feu, en janvier et en mai, n'ont pas empêché la poursuite des combats, accompagnés de massacres à caractère ethnique et impliquant des milices tribales dans chacun des camps.Ils ont toutefois baissé d'intensité en raison de la saison des pluies, qui limitent les mouvements dans le plus jeune Etat du monde, fondé en 2011.
L'ambassadrice américaine a ajouté que la délégation onusienne allait transmettre le même "message" à Riek Machar.
Dans la foulée, les ambassadeurs se sont envolés pour Malakal où ils devraient constaté l'ampleur des violences: la capitale de l'Etat pétrolier du Haut-Nil (nord), qui a changé plusieurs fois de mains, a été largement détruite par les combats.
La semaine dernière, le Conseil de sécurité avait déjà brandi la menace de sanctions, estimant que "les actions du président Salva Kiir et de l'ancien vice-président Riek Machar, qui continuent de rechercher une solution militaire à ce conflit, sont inacceptables".
- 'Risque important de famine' -
Mark Lyall Grant, ambassadeur britannique à l'ONU, a rappelé mardi que le Conseil s'était dit "prêt à envisager (...) toutes les mesures appropriées, y compris des sanctions" notamment contre "ceux qui empêchent la mise en place des accords" signés mais jamais appliqués.
Mme Powers a également fait état "d'informations inquiétantes sur un nouvel afflux d'armes dans le pays afin de préparer une nouvelle bataille quand arrivera la saison sèche".Elle a appelé les deux parties à "prendre au sérieux" les pourparlers dans la capitale éthiopienne.
L'émissaire américaine a mis en garde contre "le risque important de famine qui menace" en cas de poursuite du conflit.
Quelque "50.000 enfants de moins de cinq ans risquent de mourir de malnutrition dans les mois à venir et près de la moitié de la population fait face à une grave insécurité alimentaire", a-t-elle souligné.
L'ONU a averti que l'actuelle crise alimentaire dans le pays est "la pire au monde".
Washington et l'Union européenne ont déjà décrété des sanctions contre trois chefs militaires des deux camps et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), l'organisation est-africaine qui assure la médiation dans le conflit, s'est dit prête à suivre.
La délégation du Conseil de sécurité doit rencontrer mercredi les ministres des Affaires étrangères de l'Igad pour se "coordonner" avec eux, selon Mme Powers.
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a condamné lundi les "tergiversations" des belligérants, vu leur incapacité à former un gouvernement d'union."C'est un scandale et une insulte aux populations du Soudan du Sud", a-t-il lancé.
D'intenses combats ont été signalés dimanche autour de la localité de Nassir, ancien QG des rebelles dans l'Etat du Jonglei (est).Les deux camps se sont accusés mutuellement d'être à l'origine des combats.
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