Sous un immense acacia de la faculté de médecine, des étudiants guinéens d'ethnies et de convictions politiques différentes partagent un café et une même idée: "il faut élire vite un président civil", pour apaiser les tensions ethniques.
Mais les uns veulent voter "ce dimanche", les autres "le dimanche suivant", comme chacun des deux candidats, l'opposant historique Alpha Condé (18% au premier tour) et l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo (43%).
"Je suis né à la mort du président Ahmed Sékou Touré (1958-1984) et je n'ai connu que des régimes militaires", raconte Kabiné Kamara, Malinké de 26 ans, pour expliquer à quel point il est pressé de voir décrochés de tous les lieux publics les portraits de l'ex-général putschiste Sékouba Konaté, président de la transition.
"Il faut élire un civil vite, vite, vite.Pour avoir la paix du coeur!", s'enflamme à son côté Arsène Bangoura, même âge, même promotion."Qu'on en finisse avec les simagrées des politiques et toute cette tension entre les ethnies", dit ce jeune homme "de la minorité baga".
Unanimement, ces étudiants serrés sur quelques bancs de bois en plein air critiquent l'attitude des deux candidats, capables de "dire à la radio +calmez-vous+ puis de s'accuser de tout", selon Arsène.
"Avant, assure-t-il, on ne disait pas à Conakry +lui est Peul+, +lui est Malinké+, mais la tension est apparue depuis qu'il reste deux candidats" des deux ethnies majoritaires, peule et malinké.
"Dès que tu es malinké, l'étiquette RPG (Rassemblement du peuple de Guinée, d'Alpha Condé) t'est collée dessus, alors, ils sont venus trois fois pour jeter des cailloux contre ma maison", assure Kabiné, tout en refusant de dire pour qui il votera, dans cette "université apolitique".
Quittant le campus pour aller déjeuner d'un plat de poisson et de couscous de manioc, Aïssatou Diallo confirme qu'ici, "sur les bancs de la faculté, tout le monde est ensemble, Peuls, Malinkés, Soussous..."
Cette étudiante en médecine de 30 ans, vêtue d'un boubou orné de coqs multicolores, s'inquiète pourtant des violences qui ont visé les Peuls, en fin de semaine, dans l'est du pays."Nous voulons l'élection, vite, mais quand tout sera réellement clair et calme", dit la jeune femme peule.
"Ma soeur, à Kissidougou (est), me dit que, là-bas, ce n'est pas calme.Des Malinkés ont cassé des maisons de Peuls et les ont bastonnés.Dans l'est, des gens ont quitté les endroits où ils étaient recensés pour le vote, il faut attendre qu'ils rentrent et que la paix revienne, avant d'organiser le vote", le 7 novembre, souhaite-t-elle, en accord avec "son candidat, Cellou Dalein".
Dans le même quartier de Dixinn, près d'un petit port de pêche, des hommes empilent du bois de mangrove apporté des villages.Sur un chemin boueux, un enfant âgé de 5-6 ans s'en va puiser de l'eau avec gros bidons de plastique.
"Nous, les Guinéens, on souffre.On veut que nos dirigeants aillent vite pour que notre situation s'arrange", dit Mamadou Sylla, 25 ans, dans un pays en situation de "crise alimentaire prolongée".
"On attend le deuxième tour, dimanche peut-être", dit-il, en s'apprêtant à voter pour Alpha Condé."On ne sait pas si ça peut aller ou si ça ne peut pas aller...Mais les deux candidats ont beaucoup promis qu'ils arrangeraient les problèmes de la jeunesse et le reste: l'eau qui manque, l'électricité qui manque, le manger qui manque".
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