Le président burundais Pierre Nkurunziza a déposé vendredi sa candidature aux élections du 26 juin, sourd à la protestation de la rue et à la pression internationale pour qu'il renonce à un troisième mandat, jugé inconstitutionnel par ses adversaires.
En arrivant en début d'après-midi à la Commission électorale nationale indépendante (Céni) à Bujumbura, le chef de l'�?tat a promis que les manifestations, lancées le 26 avril, et devenues selon lui une "insurrection", seraient "maîtrisées d'ici peu".Les élections vont "bien se dérouler", a-t-il aussi assuré.
Dans la soirée, un haut responsable policier a annoncé qu'ordre avait été donné à la police de démanteler "toutes barricades érigées" au Burundi, annonçant que la décision avait commencé à être appliquée dans le quartier de Nyakabiga, à environ 2,5 km du centre de Bujumbura.
Selon un photographe de l'AFP, de très nombreux policiers sont entrés vendredi en fin d'après-midi à Nyakabiga et ont commencé à mettre à bas avec un bulldozer les obstacles de toutes sortes qui obstruent depuis le début de la contestation l'axe principal du quartier.Des jeunes ont lancé des pierres depuis les rues adjacentes pour les en empêcher mais ont été dispersés à coups de grenades lacrymogènes et de canon à eau.
La journée, passée sous une pluie fine entrecoupée de fortes averses, avait été calme vendredi dans les quartiers périphériques de la capitale, foyers de la contestation.
En début de soirée, le "Collectif contre un 3e mandat" avait annoncé une trêve des manifestations d'une journée, samedi, pour "permettre à la population de s'approvisionner mais aussi d'enterrer nos morts de la semaine", selon Pacifique Nininahazwe, un de ses dirigeants, avertissant que "les manifestations reprendraient dimanche, avec plus de vigueur après le dépôt de la candidature du président".
Le collectif a indiqué vendredi soir qu'il attendait l'annonce officielle de l'ordre de démantèlement pour réagir.
Pierre Nkurunziza a été le premier des prétendants déclarés à la présidentielle à déposer son dossier de candidature, à la veille de la date limite de dépôt.Pacifique Nininahazwe a accusé le chef de l'�?tat de ne pas se préoccuper "du sang versé à cause de son entêtement".
Principal opposant politique, le chef historique de l'ex-rébellion hutu des FNL Agathon Rwasa, a de son côté estimé que si la Céni validait la candidature de M. Nkurunziza, "elle aura montré qu'elle est loin d'être neutre".
Le Burundi, surtout sa capitale, est depuis le 26 avril le théâtre de manifestations, interdites par le pouvoir et émaillées de heurts parfois violents opposant les contestataires à la police et aux jeunes militants du parti présidentiel.A ce jour, 18 personnes sont mortes.
Les opposants au chef de l'�?tat, déjà élu en 2005 et 2010, jugent qu'un troisième mandat serait inconstitutionnel et contraire aux accords d'Arusha, qui avaient ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile dans ce petit pays d'Afrique des Grands lacs (1993-2006) en consacrant un partage institutionnel du pouvoir entre majorité hutu et minorité tutsi.
La Cour constitutionnelle, jugée inféodée au pouvoir par les protestataires, a récemment donné raison au camp présidentiel en estimant un troisième mandat conforme à la Constitution.
Les protestations "ne concernent que quelques quartiers de Bujumbura", a affirmé vendredi M. Nkurunziza, "plus de 99% du territoire burundais est en paix".
- 'Seul moyen de pression, la rue' -
Sous pression de la communauté internationale, qui menace de ne plus financer le processus électoral, opposition et pouvoir ont entamé cette semaine des pourparlers informels."La seule chose pour laquelle on est d'accord, c'est le glissement du calendrier" électoral, a expliqué vendredi un membre de la société civile, douchant les espoirs d'accord.
"Notre seul moyen de pression, c'est la rue", a renchéri un opposant, "si on accepte de se retirer, on a tout perdu".
Parmi les pressions, celle de la présidente de la commission de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, au ton généralement mesuré, qui a jugé l'environnement actuel "pas propice" à des élections.
Le président rwandais Paul Kagame, de son côté, a critiqué vendredi l'attitude de son voisin burundais.
"Si vos propres concitoyens vous disent: +nous ne voulons pas que vous fassiez ça ou que vous nous dirigiez+, peut-être sont-ils en train de dire que vous n'avez pas fait assez pour eux", a-t-il déclaré lors d'un symposium en Suisse.
La mission électorale de l'UE au Burundi a elle estimé que la poursuite de "l'interdiction et la répression de manifestations pacifiques exprimant des préoccupations légitimes" ne permettrait pas "un processus électoral crédible et transparent".
Plus de 50.000 Burundais terrorisés, selon l'ONU, ont fui vers les pays voisins (République démocratique du Congo, Tanzanie et surtout Rwanda).
A New-York, le Conseil de sécurité de l'ONU a entamé vendredi des consultations à huis clos sur la crise au Burundi, mais aucune déclaration formelle n'était attendue.
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