Le suspense grandissait mardi en Côte d'Ivoire deux jours après le premier tour d'une présidentielle cruciale, alors que la quasi-absence de résultats laissait le champ libre aux rumeurs les plus contradictoires sur l'issue du vote.
La Commission électorale indépendante (CEI), chargée de proclamer les résultats, "traîne encore le pas, loin derrière les rumeurs", titre le quotidien Nord-Sud, proche du Premier ministre Guillaume Soro, chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) qui tient le nord depuis le putsch raté de 2002.
"La CEI balbutie, la fièvre monte", renchérit Soir-Info (indépendant).
Depuis la clôture dimanche soir de ce scrutin historique censé clore une décennie de crise politico-militaire, les rumeurs les plus diverses n'ont cessé d'enfler dans la classe politique mais aussi dans la rue.
A Abidjan, où la crainte de violences en cas de contestation des résultats est largement répandue, la vie n'avait dans certains quartiers que timidement repris son cours mardi matin, après un dimanche électoral et un lundi férié, avec une circulation réduite et des commerces fermés.
Aucun des trois ténors (sur 14 candidats) - le président sortant Laurent Gbagbo, l'ex-chef d'Etat Henri Konan Bédié et l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara - ne s'est publiquement exprimé depuis dimanche.
Mais, malgré l'appel lancé lundi soir par le patron de la CEI Youssouf Bakayoko à ne pas croire aux chiffres sortis par des "officines", chaque camp laisse filtrer les conclusions de ses propres comptages, en l'absence de données officielles.
Si dans les premières heures après le vote l'hypothèse d'un duel Gbagbo/Ouattara au second tour semblait s'imposer dans les milieux politiques et diplomatiques, le tableau s'est depuis lors considérablement brouillé.
"Tous les pronostics circulent: chaque parti voit son homme gagner dès le premier tour, ou au moins être en tête.Il faut que la CEI se décide, ça devient la folie", lâche un diplomate en poste à Abidjan.
L'ONU et la France ont appelé les prétendants au respect des résultats et à la responsabilité.Le représentant des Nations unies en Côte d'Ivoire Youn-jin Choi a dès lundi rencontré les trois rivaux.
Youssouf Bakayoko a cherché à calmer les esprits en rappelant que la loi donnait jusqu'à mercredi à sa structure pour proclamer les résultats provisoires.Un de ses vice-présidents avait pourtant indiqué le week-end dernier que la commission espérait les annoncer dès lundi.
Pour l'heure, la CEI n'a donné que les résultats d'une quinzaine de circonscriptions de l'étranger.Soit une infime partie du corps électoral de 5,7 millions d'inscrits, qui s'est mobilisé d'une manière exceptionnelle (environ 80% de participation, selon la CEI).
Pour le pays et Abidjan, métropole d'un poids décisif (un tiers de l'électorat), les Ivoiriens restaient sans information.
M. Bakayoko a invoqué notamment des lenteurs dans l'acheminement des procès-verbaux locaux nécessaires pour établir les résultats globaux.
La versatilité de la CEI alimente aussi l'incertitude.Elle qui avait exclu avant le vote de donner des résultats partiels en a communiqué dès dimanche soir.Et après avoir promis des annonces dans la nuit de lundi à mardi, elle s'est finalement ravisée.
"Nous ne voulions pas précipiter les choses", explique à l'AFP le secrétaire permanent de la commission, Auguste Miremont, chargé de délivrer les résultats partiels.Il a assuré ne pas savoir quand le suspense serait levé.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.