La tension montait mardi en Côte d'Ivoire deux jours après le premier tour d'une présidentielle cruciale, la quasi-absence de résultats laissant le champ libre aux rumeurs les plus contradictoires sur l'issue du vote.
Après l'ONU, l'Union européenne et de nouveau la France ont accentué leur pression.
Le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé les candidats à "respecter la volonté exprimée par les électeurs ivoiriens", en espérant une proclamation des résultats "dans les meilleurs délais".
"La volonté populaire doit être respectée", a insisté le ministère français des Affaires étrangères, exhortant à respecter les résultats "quels qu'ils soient".
Depuis la clôture dimanche soir de ce scrutin historique censé effacer une décennie de crise politico-militaire et la partition du pays inaugurée par le putsch manqué de 2002, la Commission électorale indépendante (CEI), chargée de proclamer les résultats d'ici mercredi au plus tard, n'a communiqué qu'une poignée de résultats partiels.
Les rumeurs les plus diverses n'ont ainsi cessé d'enfler dans la classe politique mais aussi dans la rue, faisant monter la tension.
Des responsables religieux ont d'ailleurs jugé bon mardi de mettre en garde la population contre "dérapages" et "violence" et de l'appeler à la patience.
A Abidjan, où la crainte de troubles liés aux résultats est largement répandue, la vie n'avait dans certains quartiers que timidement repris son cours mardi, après un dimanche électoral et un lundi férié, avec une circulation réduite et des commerces fermés.
Aucun des trois ténors (sur 14 candidats) - le président sortant Laurent Gbagbo, l'ex-chef d'Etat Henri Konan Bédié et l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara - ne s'est publiquement exprimé depuis dimanche.
Mais, malgré l'appel lancé lundi soir par le patron de la CEI Youssouf Bakayoko à ne pas croire aux chiffres sortis par des "officines", chaque camp laisse filtrer ses propres comptages, en l'absence de données officielles.
Si dans les premières heures après le vote l'hypothèse d'un duel Gbagbo/Ouattara au second tour semblait s'imposer dans les milieux politiques et diplomatiques, le tableau s'est depuis lors brouillé.
"Tous les pronostics circulent: chaque parti voit son homme gagner dès le premier tour, ou au moins être en tête.Il faut que la CEI se décide, ça devient la folie", lâche un diplomate en poste à Abidjan.
Youssouf Bakayoko a cherché à calmer les esprits en rappelant que la loi donnait jusqu'à mercredi à sa structure pour proclamer les résultats provisoires.Un de ses vice-présidents avait pourtant indiqué le week-end dernier que la commission espérait les annoncer dès lundi.
Pour l'heure, la CEI n'a donné que les résultats d'une quinzaine de circonscriptions de l'étranger.Soit une infime partie du corps électoral de 5,7 millions d'inscrits, qui s'est mobilisé d'une manière exceptionnelle (environ 80% de participation, selon la CEI).
Pour le pays et Abidjan, métropole d'un poids décisif (un tiers de l'électorat), les Ivoiriens restaient sans information.
M. Bakayoko a invoqué notamment des lenteurs, confirmées par une mission d'observation européenne, dans l'acheminement des procès-verbaux locaux nécessaires pour établir les résultats globaux.
La versatilité de la CEI alimente aussi l'incertitude.Elle qui avait exclu avant le vote de donner des résultats partiels en a communiqué dès dimanche soir.Et après avoir promis des annonces dans la nuit de lundi à mardi, elle s'est finalement ravisée.
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