Burundi: faible participation et critiques internationales pour un scrutin sous tension

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Bujumbura (Burundi) (AFP)

Violences, critiques internationales et participation en berne: le président burundais Pierre Nkurunziza, qui briguait mardi un troisième mandat controversé, s'acheminait vers une victoire lourde de menaces pour l'avenir de ce petit pays des Grands lacs encore marqué par une longue guerre civile. 

Les Etats-Unis ont estimé mardi que l'élection présidentielle au Burundi ne sera pas "crédible" et discrédite encore "davantage" le gouvernement qui les a organisées dans un contexte très tendu.

"Les Etats-Unis préviennent que des élections tenues dans les conditions régnant actuellement au Burundi ne seront pas crédibles et discréditeront davantage le gouvernement", a indiqué John Kirby, porte-parole du département d'Etat dans un communiqué.

Plus tôt dans la matinée, Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères de la Belgique, un important partenaire du Burundi, avait "regretté" l'organisation de ces élections et rappelé que la Belgique allait "réexaminer sa coopération" avec son ancienne colonie.

Le scrutin s'est ouvert mardi matin dans un contexte délétère : à Bujumbura, un policier a été tué dans la nuit par l'explosion d'une grenade et un civil est décédé dans des circonstances indéterminées. 

Selon un cadre du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), un parti d'opposition, il s'agirait de Déo Nshimirimana, un membre de cette formation dans la province de Gitega (centre) qui avait quitté la région après avoir reçu des menaces.

Le président burundais Pierre Nkurunziza s'est rendu aux urnes dans son village natal de Buye, dans la matinée, a indiqué un photographe de l'AFP. 

Visiblement décontracté ce fan de ballon rond a voté vêtu d'un jogging bleu orné de l'écusson de son équipe de football, après être arrivé en vélo au bureau de vote. 

 

- Moindre mobilisation -

 

A Bujumbura, comme en province, la mobilisation pour le scrutin restait en règle générale inférieure à celle des élections législatives du 29 juin. 

"Il est clair que l'affluence est moindre que pour les législatives, mais on espère que les gens vont venir plus tard", a indiqué un responsable de la Cépi (Commission électorale provinciale indépendante) à Gitega (centre), une province favorable à M. Nkurunziza.

Dans la capitale, la mobilisation demeurait très faible comme dans le quartier de Musaga (sud), où de nombreux habitants passaient ostensiblement devant les bureaux de vote, sans s'y arrêter.

"Je ne vais pas voter, je n'accepte pas ces élections, je n'accepte pas le troisième mandat", a expliqué un habitant.

Dans de nombreux bureaux de vote, les gens effaçaient l'encre de leur doigt à la sortie de l'isoloir par peur de représailles de la part d'opposants appelant au boycott. 

"Je ne veux pas retourner dans mon quartier avec de l'encre sur le doigt", confiait une électrice dans le quartier de Gihosha, au nord-est de la capitale. 

L'opposition dénie le droit à M. Nkurunziza - élu en 2005 et en 2010 - de briguer un nouveau mandat et dénonce un "simulacre d'élection", dont elle a demandé sans succès le report.

La candidature de M. Nkurunziza a plongé depuis fin avril le Burundi dans une profonde crise politique, émaillée de violences qui ont fait plus de 80 morts.

Après la très large victoire sans surprise du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, aux législatives et communales du 29 juin, déjà boycottées par l'opposition, la victoire de M. Nkurunziza ne fait aucun doute, selon les observateurs.

En face, ne restaient que trois candidats issus de petites formations réputées alliées au pouvoir, en plus de son principal opposant, Agathon Rwasa, qui n'a pas retiré officiellement sa candidature, mais conteste à l'avance la légitimité du scrutin.

Les trois autres candidats enregistrés - Jean Minani, président du parti Frodebu-Nanyuki (opposition), et les deux anciens chefs de l'Etat Domitien Ndayizeye et Sylvestre Ntibantunganya, tous trois opposés à un troisième mandat de M. Nkurunziza - se sont retirés de la course, dénonçant "une mascarade" et une élection "pas aux normes internationales".

"Malgré un pluralisme de façade, il s'agit d'une élection à un seul candidat dont les Burundais connaissent déjà l'issue", a commenté Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group (ICG).

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