Addis Abeba (AFP) Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) a décidé l'envoi de troupes africaines au Burundi avec un mandat de protection des civils, nouvelle étape dans les pressions croissantes de l'Afrique et de la communauté internationale sur Bujumbura.L'envoi des troupes reste néanmoins soumis à l'accord de Bujumbura - peu probable - ou, à défaut, à celui des chefs d'Etat de l'UA, selon un fonctionnaire de l'UA."Le Conseil de paix et de sécurité a pris hier (jeudi) la décision d'envoyer des troupes pour protéger les civils" au Burundi, a déclaré à l'AFP Bonaventure Cakpo Guebegde, membre du Bureau régional Burundi et deux Congo au département Paix et Sécurité de l'UA, précisant que la taille du futur contingent n'avait pas "encore été déterminée"."Désormais, nous avons deux options: soit nous envoyons des troupes avec le consentement du gouvernement du Burundi.Soit nous attendons le consentement des chefs d'Etat africains, ce qui signifie que les deux-tiers devront approuver.Notre option préférée est de parvenir à un accord avec le gouvernement burundais", a-t-il expliqué.Il est fort peu probable que les autorités burundaises, qui ne cessent de dénoncer l'immixtion de la communauté internationale dans leur gestion de la crise politique dans laquelle est plongé le Burundi depuis huit mois, acceptent un déploiement militaire sur leur sol."Le porte-parole du gouvernement estime que le CPS de l'UA devrait plutôt envoyer une mission (...) au Rwanda, les menaces contre la paix et la sécurité au Burundi venant de là", a réagi sur Twitter, Karerwa Ndenzako, porte-parole adjoint du président Pierre Nkurunziza. Bujumbura accuse depuis plusieurs mois le Rwanda d'héberger une rébellion en gestation, mise sur pied par certains des meneurs d'une tentative de coup d'Etat militaire déjouée les 13 et 14 mai.Les troupes qui pourraient être envoyées au Burundi proviendront de la Force est-africaine en attente (EASF), composante régionale de la Force africaine en attente (FAA), a précisé Bonaventure Cakpo Guebegde.Dix pays fournissent des troupes à l'EASF: le Burundi, les Comores, Djibouti, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie et le Soudan.L'ONU avait déjà indiqué en novembre étudier la possibilité d'envoyer des Casques bleus au Burundi, en piochant sur le contingent de la Monusco, sa mission déployée en République démocratique du Congo voisine, si les violences s'amplifiaient et devenaient incontrôlables.La décision du CPS intervient une semaine après l'attaque le 11 décembre de trois camps militaires à Bujumbura et en province, les affrontements les plus intenses au Burundi depuis une tentative ratée de coup d'Etat militaire en mai. Les affrontements et les opérations de ratissage qui s'en sont suivies ont fait officiellement 87 morts, mais des ONG et l'ONU évoque un bilan "bien plus élevé", dénonçant des exécutions extra-judiciaires.Le Burundi a plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat jugé par ses adversaires contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha ayant permis la fin de la guerre civile (1993-2006) entre l'armée dominée alors par la minorité tutsi et des rébellions hutu.La mise en échec du putsch en mai, la répression brutale de six semaines de manifestations quasi-quotidiennes à Bujumbura à la mi-juin et la réélection de M. Nkurunziza lors d'un scrutin controversé à la mi-juillet n'ont pas empêché l'intensification des violences, désormais armées.Des diplomates ont estimé que la rhétorique utilisée rappelait celle entendue au Rwanda avant le génocide de 1994, qui a fait 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi, et ont dénoncé la tentative par les deux camps de manipuler les tensions entre communautés au Burundi.L'Afrique et la communauté internationale s'inquiètent depuis plusieurs mois des possibles "conséquences dévastatrices" de cette crise, pour le Burundi, dont l'histoire post-coloniale est jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi, mais aussi au-delà pour la région très instable des Grands lacs."L'Afrique ne permettra pas un autre génocide sur son sol", avait fait savoir sur Twitter jeudi le CPS.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.