Les "Rossignols" du Soudan rêvent d'une tournée mondiale

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Khartoum (AFP)

Devant des fans en délire, trois soeurs en tenue noir et or entrent sur scène.Premier "girls band" du Soudan, les "Rossignols" sont toujours aussi populaires 45 ans après leur formation et rêvent d'une tournée mondiale.

Dans les années 1970, les soeurs Amal, Hadia et Hayat Talsam étaient connues comme les "Supremes" soudanaises, en référence au célèbre trio de rythm and blues américain emmené par Diana Ross.

Avec leurs coupes de cheveux stylées et leurs robes colorées, les trois adolescentes soudanaises incarnaient à leur manière le glamour qui fit le succès de leurs "soeurs américaines", du jamais vu au Soudan.

Si "The Supremes" ont depuis bien longtemps cessé de se produire sur scène, "Les Rossignols" (Al Balabil, leur nom en arabe, The Nightingales en anglais) déchaînent toujours l'enthousiasme de leurs fans lors de leurs concerts au Soudan.

A travers leurs ballades mêlant pop et éléments de musiques traditionnelles, elles sont fières de montrer une autre image de ce pays généralement connu à l'étranger pour ses conflits et ses crises humanitaires.

"Nous voulons aujourd'hui offrir notre musique aux gens du monde entier", confie à l'AFP Amal, quelques jours après un concert à Khartoum. "Nous pouvons montrer un bon côté du Soudan à l'étranger", ajoute sa s�?ur Hadia, assise à côté d'elle dans la maison familiale.

Même si elles n'ont encore aucun plan précis pour une tournée mondiale, elles peuvent se targuer d'une longue expérience de la scène.

- 'Une époque vibrante' -

Le trio s'est formé par hasard en 1971: un ami demande alors au père de la famille de lui choisir trois de ses sept filles pour interpréter une chanson qu'il a composée.Le résultat est si probant que les trois soeurs décident de former un groupe de filles.

Elles sont choisies pour se produire lors d'une tournée dans tout le pays du président soudanais de l'époque Gaafar al-Nimeiry, un officier inspiré par des idées socialistes qui s'était emparé du pouvoir en 1969.

"C'était une époque vibrante pour la culture et les arts", se souvient Hayat.Elle avait tout juste 13 ans, Amal 15 ans et Hadia 17 ans.

Dans le Soudan conservateur, certains froncent toutefois les sourcils en voyant ces adolescentes voyageant sans chaperon, dansant et chantant devant des parterres d'hommes et de femmes.

Mais les trois chanteuses ne se laissent pas impressionner.Leur père les soutient contre vents et marées."Il n'avait cure de ces commentaires et nous a toujours encouragées", se souvient fièrement Hadia.

"On a réussi à résister et à lutter face à ceux qui étaient contre nous", ajoute Amal, en estimant que le trio ne faisait "rien de mal".Au contraire, renchérit Hadia, "nous avons changé la manière dont les Soudanais percevaient les artistes femmes".

Dans les années 1980, le groupe est l'un des plus populaires du Soudan.

Mais le pays entre bientôt dans une période de grands bouleversements politiques.Le président Nimeiry décide en 1983 d'imposer la charia, la loi islamique, et se lance dans une nouvelle guerre civile contre les rebelles du sud du pays, sur fond de répression accrue.

- 'Meilleures que les Supremes' -

Les trois soeurs continuent de chanter mais en 1988, mariées et prises par d'autres obligations, elles donnent leur concert d'adieu à Khartoum.

Amal et Hadia émigrent dans le Golfe avec leur famille puis aux Etats-Unis.Hayat reste à Khartoum.

En 1989, Omar el-Béchir, l'actuel président du Soudan, prend le pouvoir lors d'un coup d'Etat soutenu par les islamistes.Il impose un couvre-feu durant des années, qui rend les concerts presque impossibles.

"Les Rossignols" semblent s'être tus pour toujours.

Mais en 2007, Hadia et Amal chantent à New York lors d'un festival de musique soudanaise à Central Park.Séduit, le public les encourage à reformer leur célèbre groupe.

Hésitantes, elles rentrent à Khartoum l'année suivante pour un concert au Club des officiers, convaincues que tout le monde les a depuis longtemps oubliées après vingt ans d'absence. A leur arrivée toutefois, elles sont accueillies par des centaines de fans massés dans les rues.

"Finalement, la seule chose qui avait changé c'est que les gens aimaient encore plus notre musique", se souvient Amal.

Depuis, "Les Rossignols" écument les scènes du Soudan dès que les trois soeurs réussissent à être ensemble dans le pays.Elles continuent de soigner leur apparence avec des tenues assorties, des changements de costume en cours de concert qui leur permettent de faire une pause cigarette entre deux chansons.

Elles sont convaincues de pouvoir conquérir le c�?ur d'autres fans à l'étranger.

La comparaison avec The Supremes pourrait-elle les aider à organiser une tournée mondiale?

"Mon cher, nous sommes meilleures que les Supremes", répond Amal dans un anglais teinté d'accent américain."Nous, nous sommes venues dans leur pays mais elles, elles ne sont jamais venues au Soudan".

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