Législatives en Egypte: l'opposant Mohamed ElBaradei montre ses limites

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LE CAIRE (AFP)

En échouant à fédérer l'opposition égyptienne sur un boycottage des élections législatives, l'ancien haut responsable international Mohamed ElBaradei a montré les limites de sa capacité à mobiliser pour le changement, estiment des analystes et des diplomates.

Absent d'Egypte depuis septembre, Mohamed ElBaradei est resté largement silencieux à l'approche des législatives --dont le premier tour a lieu dimanche-- qu'il a dénoncées autrefois avec force comme une parodie électorale.

"M.ElBaradei pense qu'il sert la cause du changement qu'il soit dans le pays ou à l'extérieur", affirme le coordinateur de son comité de soutien, Abdel Rahmane Youssef, en promettant qu'il sera de retour début décembre.

"Mais il est vrai que la majorité de nos militants pensent qu'il servira mieux notre cause s'il est davantage présent en Egypte", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'appel de l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à un boycottage du scrutin, lancé début septembre, n'a de fait convaincu que quelques petits partis ou mouvements sans espoir de députés.

Des sympathisants se sont rassemblés vendredi soir en plusieurs endroits du pays par petits groupes avec des sifflets et en tapant sur des casseroles pour appeler au boycott, mais sans grand impact.A Alexandrie (nord), deuxième ville du pays, la manifestation n'a regroupé que quelques dizaines de personnes.

Les Frères musulmans, première force d'opposition, ont décidé de se lancer dans la bataille, de même que le parti libéral Wafd, première formation de l'opposition laïque.

"Notre décision de participer aux élections et notre détermination à poursuivre la bataille électorale sont dues au fait que c'est le seul moyen pacifique pour le changement", a déclaré le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie.

"Les élections sont la fenêtre qui nous permet de vivre avec le peuple dans les circonscriptions, pour promouvoir l'appel à la réforme", a-t-il ajouté dans un entretien cette semaine à la chaîne satellitaire arabe Al-Jazira.

L'effacement de M. ElBaradei, 68 ans, tranche avec l'accueil enthousiaste qui lui avait été réservé en février lors de son retour à l'aéroport du Caire après vingt ans passés à l'étranger.

Ses plaidoyers pour une réforme constitutionnelle, qui permettrait notamment à des indépendants comme lui de se présenter à la présidentielle de l'an prochain, ont toutefois rapidement reçu une fin de non-recevoir du gouvernement.

Amr Hamzawi, expert de la fondation Carnegie, un centre de recherche américain, estime que ses longues absences du pays l'ont "mis en retrait".

"La plus grosse erreur qu'il a commise est qu'il n'est pas resté en Egypte", a-t-il affirmé à l'AFP."Il dit qu'il veut le changement, mais il passe les trois quarts de son temps à l'étranger, ceci jette le doute sur son engagement personnel", a ajouté M. Hamzawi.

Un sentiment partagé par de nombreux diplomates."C'est un homme intègre et expérimenté, mais le degré de son engagement (politique) n'a jamais été établi", juge un diplomate occidental au Caire.

Dans les urnes, il sera également difficile de déceler l'effet de l'appel au boycott auprès des électeurs égyptiens, traditionnellement peu nombreux à prendre le chemin des bureaux de vote.

En 2005, à peine 26% des électeurs s'étaient déplacés pour les législatives, et 23% pour la présidentielle, selon des chiffres officiels témoignant du peu de mobilisation populaire pour des scrutins sans surprise.

"Vu le taux de participation des précédentes élections, je ne pense pas que le boycott aura une grande influence", estime Emad Gad, politologue au Centre al-Ahram d'études stratégiques.

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