La vie a repris un cours presque normal mercredi à Kinshasa après deux journées de pillages et d'affrontements meurtriers entre forces de l'ordre et jeunes réclamant le départ du président Joseph Kabila.
La police nationale a fourni un bilan global provisoire de 32 morts, civils ou membres des forces de l'ordre tués lundi et mardi dans les violences les pires qu'ait connu la capitale de la République démocratique du Congo depuis janvier 2015.
Les affrontements ont éclaté lundi matin en marge d'une manifestation organisée par un "Rassemblement" d'opposition à trois mois de la fin du mandat de M. Kabila pour lui signifier son "préavis" et exiger son départ le 20 décembre.
La Constitution interdit à M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, de se représenter, mais le chef de l'�?tat ne donne aucun signe de vouloir quitter son poste alors que le scrutin présidentiel apparaît désormais impossible à organiser dans les temps.
La situation a rapidement dégénéré pour tourner à l'émeute et au pillage de bâtiments publics (commissariats, tribunaux...) ou de biens privés dans plusieurs quartiers avec des incendies de permanences ou de sièges de partis politiques de la majorité et de l'opposition.
Les autorités et le "Rassemblement" se sont mutuellement renvoyé la responsabilité des violences.
Lundi soir, le "Rassemblement" estimait que 50 personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre (police et armée).
L'ONU, qui déploie en RDC sa plus grosse force de maintien de la paix au monde (principalement présente dans l'est du pays) s'est montrée prudente avec les chiffres.
"Il y a beaucoup de personnes qui ont été tuées", a déclaré à la presse le chef du Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'Homme en RDC (BCNUDH), José-Maria Aranaz, indiquant que son organisme ne donnerait un bilan qu'après un long travail de vérification.
- 'Morgue débordée' -
Dans les quartiers centre et sud de Kinshasa, les plus touchés par ces affrontements violents, les transports en commun fonctionnaient de nouveau, selon des journalistes de l'AFP.
La circulation était néanmoins plus fluide qu'un jour normal dans cette mégapole pauvre de 10 millions d'habitants habituée aux embouteillages.
Les pompes à essence et les boutiques ont majoritairement rouvert, mais les parents ont préféré ne pas envoyer leurs enfants à l'école pour le troisième jour consécutif alors que l'on pouvait voir encore une présence inhabituelle de militaires en ville.
A la morgue de l'hôpital général de Kinshasa, dans le nord de la capitale, un agent de police gardant les lieux déclare à l'AFP qu'il "y a eu des corps ramenés ici après que la morgue du camp [militaire le plus proche] a été débordée".Pressé de donner des précisions, l'homme a simplement déclaré : "Beaucoup de gens sont morts, plusieurs corps sont gardés ici".
Dénonçant une "brutalité excessive" tant de la part des manifestants ou des émeutiers (que la police a accusé d'être armés d'armes automatiques) que des forces de l'ordre, M. Aranaz, du BCNUDH, a ajouté : "Nous sommes très préoccupés par l'usage massif des armes létales dans le contrôle des manifestations".
Il a offert l'aide des Nations unies pour que la justice frappe "tous" les responsables des violences, "qu'ils soient du côté des agents étatiques ou qu'ils aient manipulé la jeunesse".
"C'était terrible ici hier et avant-hier", confie Christian, 21 ans, devant une boutique d'opérateur téléphonique dévalisée dans le sud de la capitale.
"On ne refuse pas que les gens revendiquent leurs droits, mais ce qui me fait mal, c'est qu'on ait cassé et pillé" des commerces susceptibles de donner de l'emploi à une population qui en manque cruellement, explique-t-il.
Mardi, le président français François Hollande a qualifié d'"inadmissibles" et "insupportables" les violences à Kinshasa, et accusé "l'�?tat congolais lui-même" d'avoir provoqué "des exactions".
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.
Amnesty international et les Nations unies ont appelé les autorités congolaises à faire toute la lumière sur les événements.
Ceux-ci sont survenus alors que la majorité au pouvoir, des représentants de la société civile et une frange minoritaire de l'opposition négocient un "accord politique" pour tenter de sortir le pays de l'impasse électorale.
Respectée au Congo pour le rôle déterminant qu'elle a jouée dans l'ouverture démocratique de la décennie 1990, l'�?glise catholique a suspendu mardi sa participation à ce "dialogue national" pour respecter le deuil de la population et "rechercher un consensus (de sortie de crise) plus large".
Les travaux du "dialogue" ont également été suspendus et doivent reprendre vendredi.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.