Le Premier ministre sortant Abdelilah Benkirane apparaît bien placé pour être reconduit dans ses fonctions par le roi, après la victoire aux législatives de son parti islamiste, aux affaires depuis 2011.
Il devra néanmoins reconstituer une nouvelle majorité alors que son parti, le PJD (Parti justice et développement), et son principal rival le Parti authenticité et modernité (PAM, libéraux) arrivé 2e, ont exclu toute alliance entre eux.
Le PJD a obtenu 125 députés, contre 102 au PAM, sur un total de 395 sièges.La majorité est de 198 sièges, le PJD doit aller chercher 73 députés pour obtenir une majorité absolue.
A la tête du gouvernement de coalition depuis cinq ans, aux avant-postes de la campagne électorale et très présent dans les médias, le charismatique secrétaire général du PJD est le principal artisan du succès électoral du parti.
Malgré cinq années au pouvoir, et un bilan gouvernemental en demi-teinte, M. Benkirane a "confirmé son assise populaire" par les urnes et "réussi à damer le pion au PAM d'Ilyas El Omari, son ennemi juré", constatait lundi la presse locale.
Tout en clamant son allégeance à la monarchie, il s'est également imposé comme son interlocuteur incontournable.
"Il a réussi le tour de force de rester le chef de l'opposition tout en étant le chef du gouvernement", estime l'historien Maati Monjib.
Selon la Constitution de 2011, Mohammed VI nomme le Premier ministre au sein du parti arrivé en tête des élections.
Cette nomination interviendra nécessairement dans les prochains jours, en tout cas avant la réunion du nouveau Parlement vendredi prochain.
-'Que va faire le roi?'-
Plusieurs titres de la presse marocaine envisageaient lundi que le Premier ministre ne soit pas automatiquement reconduit aux affaires par le souverain.
Et maintenant, "que va faire le roi?", s'interrogeait ainsi le site Panorapost.Mohammed VI "représente tous les Marocains.Or, seuls 2 millions ont voté PJD, et donc Benkirane, (...) sur 25 millions de gens en âge de voter", soulignait Panorapost.
"Le principe de désigner le chef du parti gagnant n'est pas absolu", rappelle l'Economiste."Une liberté de choix demeure" pour le souverain, qui "peut très bien nommer un autre membre du PJD à la tête de l'exécutif".
Le PJD a d'ores et déjà déjà rejeté cette hypothèse en soutenant sans ambiguïté Benkirane.Depuis sa victoire de vendredi, le parti observe un silence médiatique.
Autre question: les difficultés pour le PJD à former une nouvelle coalition.Lundi, la presse se perdait en conjectures sur les scénarios envisageables.
Car de l'avis de tous, ces élections ont consacré "le bipartisme", le PJD et le PAM ayant obtenu à eux seuls 227 sièges sur 395.
"Tous les autres partis, de la majorité sortante comme de l'opposition, se retrouvent dans une situation satellitaire", et "tous les anciens partis sont en déclin", selon l'Economiste.
Ce qui complique d'autant plus la formation de la prochaine majorité: "le PJD ne dispose pas d'une grande marge de manoeuvre", observe encore l'Economiste, alors que le bon résultat du PAM "limite considérablement les options offertes au PJD".
Le PJD va devoir se coaliser avec plusieurs des grands perdants: l'Istiqlal (parti de la lutte pour l'indépendance), le Rassemblement national des indépendants ou encore l'USFP...
"Le PJD a besoin de quatre partis.Et tous les scénarios sont possibles", résume le politologue Mohammed Tozy, cité par l'hebdomadaire TelQuel.
Car "si le PJD n'arrive pas à constituer une majorité dans les délais, il lui faudra passer le témoin au parti arrivé deuxième.(...) La Constitution est muette à ce sujet, mais elle ne l'interdit pas explicitement", relève M. Tozy.
Le PAM se pose ainsi "en alternative crédible" pour former une coalition, selon le site d'info en ligne LeDesk, alors que renvoyer les électeurs aux urnes ne semble pas une option sérieuse, car elle est jugée trop coûteuse.
"Le PAM pourrait fédérer suffisamment de partis pour créer sa majorité, mais elle serait plus hétéroclite et affaiblie face à une opposition beaucoup plus homogène, dirigée par un PJD furieux de se voir dénier sa victoire électorale", conclut le Desk.
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